Edito – Le bruit de l’essentiel


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Edito – Le bruit de l’essentiel
Par Vincent Delcorps
Publié le
2 min

L’on croit parfois que c’est dans le fracas des cris que se vivent les choses importantes. Cela peut être vrai. Mais pas toujours.
Il suffit, pour s’en rappeler, de relire ce qui s’est passé en fin de semaine dernière.

Dans le stade de Manchester United comme à la Bourse de New York, au départ de la 19e étape de la Vuelta comme au Conseil de sécurité de l’ONU, à l’US Open comme au Bundestag: en tous ces lieux, c’est par une minute de silence que le départ de la reine Elizabeth d’Angleterre a été marqué.
Et même aux abords de Balmoral ou devant Buckingham. Il y eut une marée humaine bien sûr. Des pas, des larmes, des gouttes et des mots, évidemment. Mais plus encore, et avant tout, il y eut un océan de silence.

Si les citoyens se sont déplacés en nombre, c’est parce qu’ils avaient compris qu’une très grande dame s’en était allée. Mais pourquoi cette dame était-elle si grande? Pas en raison de ses paroles hardies ni à cause de ses punchlines bien senties. Pas à cause de ses discours décisifs, ni en raison de ses tweets ravageurs. Pas même en raison de ses précieux conseils ou de ses actes audacieux.
Si cette dame était grande, c’est en raison de sa retenue. Ou, pour le dire autrement: à cause de ses silences.

Que pensait-elle vraiment du Commonwealth et du Brexit? Quel est celui de ses Prime Ministers qu’elle a le plus apprécié? Dans quel dossier son influence fut-elle la plus nette? Au fond, nul ne le sait. Et nul n’a besoin de le savoir pour reconnaître en elle une grande dame.
Et sans doute en est-il pour Elizabeth comme il en est pour Dieu.
Au fil des siècles, nous lui avons adressé des hymnes majestueux. Dans des cathédrales immenses, de hautes orgues ont chanté ses louanges. Nous avons débattu de son identité et discuté de ses volontés. Nous avons multiplié les témoignages, les commentaires, les homélies et les prières. Et tout cela est très bien.

Mais peut-être avons-nous oublié ce qu’Elie nous avait enseigné. Peut-être avons-nous oublié que Dieu se trouve moins dans les ouragans et les bruyants tremblements que dans les murmures de fin silence. Que c’est incognito qu’il se déplace. Que c’est dans le "si peu", si joliment décrit par Gabriel Ringlet dans son dernier livre, qu’il déploie sa grandeur.
Le silence donc. Et faudrait-il encore s’étonner de constater que nous peinons parfois à trouver Dieu dans le monde d’aujourd’hui?

Vincent DELCORPS

Catégorie : En dialogue

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