Historien des religions et philosophe, le professeur de l’ULB dévoile son propre itinéraire et sa soif de spiritualité. Il décrypte aussi quelques-uns des défis auxquels les religions sont aujourd’hui confrontées. Sans concession pour les grands courants qui, plus que le bonheur des gens, cherchent, d’après lui, à dominer le monde.

Il est venu accompagné. Entre ses mains, une petite statuette. Il s’agit d’une représentation de Pythagore, copie du portail royal de la cathédrale de Chartres. Un clin d’œil à l’histoire: au Moyen Age, la chrétienté ne manqua pas de récupérer certaines grandes figures de la pensée philosophique ancienne. "J’aime bien la figure de Pythagore", confesse le professeur. "C’est un personnage cosmopolite, situé entre plusieurs mondes: celui de l’oralité antique, celui de la philosophie et la découverte de la pensée rationnelle. On croit aussi savoir que Pythagore a beaucoup voyagé. Il a sans doute été influencé par la pensée égyptienne, il a contribué au rayonnement de sa propre pensée…"
Decharneux n’est pas Pythagore. Mais, également convaincu par le primat de la philosophie, ce laïc engagé aime aussi se nourrir de la richesse des pensées, croiser les courants et analyser l’origine des traditions.
A l’instar d’un Pythagore, ne seriez-vous pas vous aussi un passeur?
C’est très gentil de le dire. Comme tous les humains, en moi-même, je peux être très agressif, excluant, narcissique. C’est là le fond commun de l’humanité. La question est de savoir comment on gère cette intériorité. Malheureusement, la plupart du temps, on le fait sous la forme de projections, d’affirmations virulentes, d’idéologies… Même si ce n’est pas une idée partagée par tout le monde, je crois que chacun a un travail à faire sur soi-même. Il convient aussi de donner des orientations philosophiques à sa vie. A titre personnel, je préfère ce qui rassemble à ce qui divise. Rassembler ce qui est épars est, selon moi, l’une des grandes idées philosophiques. Evidemment, il peut y avoir des lignes de fractures inconciliables. Mais, quand c’est possible, il faut tenter de rassembler. Même si ce n’est pas du tout à la mode…
Propos recueillis par Vincent DELCORPS
