
L’avez-vous remarqué? Ces dernières années, dans les médias, l’Eglise s’est un peu moins (que par le passé) distinguée par de quelconques prises de position en matière de sexualité. Ainsi, sous le pontificat de Benoît XVI, les débats concernant le préservatif ou l’homosexualité avaient été nombreux. Sous François, ils sont plus rares. Comme si le pape préférait mettre d’autres sujets en avant…
Et ce qui s’observe au Vatican semble valoir aussi en Belgique. Combien de fois Mgr Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles entre 2010 et 2015, ne fut-il pas invité à s’expliquer sur des sujets liés à la sexualité? Lorsqu’ils rencontrent son successeur, Jozef De Kesel, c’est moins naturellement sur ces questions que les journalistes l’interrogent. D’ailleurs, quand vous tapez "Monseigneur Léonard sexualité" sur Google, environ 132.000 résultats vous sont annoncés. Lorsque vous remplacez "Léonard" par "De Kesel", vous n’en trouvez plus qu’environ 30.400.
Bonne nouvelle? Sans doute. Car lorsque l’Eglise prend publiquement position sur ces questions, c’est rarement couronné d’un franc succès. Les journalistes aiment alors caricaturer les propos, sortir "la petite phrase", et réussir un "coup médiatique". De telles couvertures permettent rarement la nuance, la croissance. Elles contribuent plutôt à éloigner la société de l’Eglise – et souvent même à diviser en son propre sein.
Et pourtant, un autre danger existe: que l’Eglise – et pas seulement les évêques – ne dise plus un mot sur le sujet. Que les chrétiens – accompagnateurs, enseignants, parents… – en fassent un tabou. Et que, de facto, ils abandonnent le terrain à d’autres.
Ce serait une grave erreur. Pour deux raisons.
D’une part, parce que notre société a manifestement un problème avec la sexualité. Le succès de la pornographie comme l’ampleur du mouvement #MeToo en témoignent largement. Ajoutons que l’Eglise elle-même a de grandes difficultés avec la sexualité. Le tabou ne ferait sans doute que l’accroître – comme il a pu le faire par le passé.
D’autre part, parce que l’Eglise a bel et bien des choses à dire sur ces questions. Sa vision de l’homme et de la femme, sa conception de l’amour, les idéaux qui sont les siens constituent un trésor. Qui, aujourd’hui encore, peut inspirer les gens, et singulièrement les plus jeunes.
Vincent DELCORPS
