Les cultes veulent plus de dialogue et d’adaptation


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Les cultes veulent plus de dialogue et d’adaptation
Demande est faite au ministre de la Justice d'accueillir les fidèles en fonction de la taille des bâtiments_CC by S.A. 3.0.
Par Nancy Goethals
Publié le - Modifié le
7 min

Demande est faite au ministre de la Justice d'accueillir les fidèles en fonction de la taille des bâtiments_CC by S.A. 3.0.

Vendredi dernier, les représentants des différents cultes (*) ont adressé une lettre commune au ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne. L'initiative vient de la conférence épiscopale qui a estimé "qu'il ne servait à rien d'œuvrer tout seul", explique Mgr Harpigny, signataire de la lettre.

Les responsables des différents cultes se concertent régulièrement. Tommy Scholtes, le porte-parole de la conférence épiscopale, explique que cette lettre fait écho "aux réflexions entendues à droite et à gauche et aussi à nos propres convictions. J'avais déjà évoqué dans les médias à l'occasion de Noël que la norme de la proportionnalité de 1 personne pour 10 m² serait mieux reçue que la limitation à 15 personnes". Pour rappel, cette norme avait été prise lors du déconfinement de l'été.

En décembre dernier, à l'appel des responsables des cultes, le Conseil d'Etat avait permis une légère ouverture, rendant les lieux de célébrations accessibles à 15 personnes. Cela permettait les mariages juifs et une assistance minimale pour les funérailles. Cependant, tous cultes confondus, les fidèles ont mal accepté cet arrêt qui ne tenait pas compte de la taille des lieux (églises, synagogues, mosquées...). "C'est pourquoi l'ensemble des chefs de culte a décidé de faire cette demande au ministre de la justice", explique Tommy Scholtes.

Renouer le dialogue

Certes, ils sont bien conscients qu'il faut avant tout préserver la santé. Les évêques rappellent d'ailleurs qu'ils ont été les premiers - avant même les autorités - à prendre des mesures pour les célébrations. Par ailleurs, Koen Geens, le ministre de la justice de l'époque avait pris contact avec les autorités religieuses pour dialoguer sur les mesures à prendre en fonction de l'évolution de la situation.

"Maintenant, la situation dure depuis des mois et il faut proposer quelque chose à long terme". Mais, suite au changement de gouvernement, le dialogue n'a pas encore été réinstauré", déplore Mgr Harpigny.

"En outre, relève Tommy Scholtes, les cultes sont, comme tels, rarement mentionnés dans les conférences de presse qui suivent les comités de concertation. Il nous a donc semblé important de rappeler que cette dimension essentielle [NDLR: les célébrations religieuses en communauté] de la vie citoyenne pour des millions de personnes en Belgique - si on met tous les cultes ensemble - soit aussi prise en compte."

"Les gens sont tous atteints par cette crise même s'ils ne sont pas atteints physiquement par le virus. Mais il faut aussi reconnaître que nous ne pouvons pas dire aujourd'hui quelle sera la situation dans deux mois. Les responsables des cultes en sont très conscients. C'est pourquoi ils suivent l'actualité de très près et souhaitent entretenir un dialogue régulier avec le ministre de la justice qui est notre référent."

Tommy Scholtes fait remarquer que les autorités consultent des virologues, médecins, économistes, sociologues… mais, actuellement, pas ceux qui s'occupent de la spiritualité. "Nous sommes très conscients et très responsables mais nous jugeons qu'il faut considérer la soif spirituelle comme aussi importante que la soif de protection et de guérison." Et le père Scholtès poursuit: "Il ne s'agit pas de revendiquer une quelconque libération de contraintes – car il y en aura! Nous assumons pleinement le cadre et l'ensemble des autres mesures de protection sanitaires, masque, gel, désinfection régulière des lieux, etc; mais cette norme nous paraît pouvoir être mieux acceptée par l'ensemble des fidèles tout en leur permettant de se sentir en sécurité."

Revenir à une norme "juste"

Le porte-parole de la conférence épiscopale explique: "Pour nous, l'idée est évidemment que la sécurité soit bien assurée tout en étant légèrement moins restrictifs pour les églises de grande superficie afin de pouvoir amener un peu plus de monde aux célébrations. Pour les églises de petites superficies cela ne changera pas grand-chose."

Les évêques entendent bien la clameur des croyants qui ont du mal à comprendre ces mesures. "Beaucoup de gens rouspètent, relève Mgr Harpigny, et disent que les évêques ne font rien (alors que je ne me repose pas!, assure-t-il)". Tommy Scholtes insiste pour dire que la demande exprimée dans cette lettre répond à celle de l'ensemble des pratiquants.

En effet, à côté des besoins économiques, sanitaires, sociologiques et psychologiques, il y a un réel "besoin spirituel qui doit être pris en compte et comblé" complète le père Scholtes. "Par cette lettre, les cultes souhaitent exprimer que des centaines de milliers - voire des millions - de personnes sont concernées concrètement. Ils veulent montrer que ces personnes existent (…) La réalité spirituelle des gens n'est pas à réduire à de la psychologie mais est une soif de se nourrir de la Parole de Dieu, ou du Coran pour les musulmans."

A la question de la réaction du monde culturel qui voudrait pouvoir à nouveau accueillir des spectateurs, Tommy Scholtes précise: "Il n'est certainement pas question de concurrence. Tout dépend du contexte. Puisque les détails du protocole [NDLR: concernant la culture et les célébrations] sont complètement différents, je ne pense pas qu'il faille les comparer." A chacun donc de faire la demande qui le concerne. Et de poursuivre: "Notre demande nous paraît être une attitude de bon sens qui respecte à la fois les normes dont nous avons besoin et qui permet d'aboutir à ce qui est possible."

Car, effectivement, il va falloir vivre avec ce ou ces virus. Pour le porte-parole de la conférence épiscopale "il revient au ministre de la justice de nous rencontrer et de dialoguer".

Mgr Harpigny s'étonne pour sa part "qu'on ne se base plus sur la constitution mais uniquement sur des considérations sanitaires". Il comprend qu'il y ait eu une situation d'urgence au début mais, alors que la situation s'éternise, il juge nécessaire de prendre en considération l'aspect spirituel (qui fait partie d'un droit dans la Constitution, rappelle-t-il). Et il conclut: "les religieux soutiennent les décisions prises par l'Etat mais il ne faut pas oublier de prendre en compte la santé mentale, la souffrance des jeunes, etc. Quand cela dure depuis des mois, le virtuel ne suffit plus. Dans la foi chrétienne, la relation personnelle à Dieu ET la relation avec une communauté sont essentielles."

L'évêque de Tournai note que même si de nombreux chrétiens rendent des services en ce temps de crise, cela ne suffit pas à les nourrir complètement. Il est confiant que le ministre Van Quickenborne semble avoir entendu l'appel des différents cultes. Ceux-ci attendent donc - sans tarder - une invitation de sa part à dialoguer, de manière régulière et à adapter la norme à la situation.

Nancy GOETHALS

(*) Il s'agit des cultes catholiques romain, protestant-évangélique, israélite, anglican, islamique et orthodoxe.

Lire aussi le communiqué de l'Eglise catholique de Belgique

La lettre a été adressée en néerlandais au ministre de la justice. En voici une traduction:

"En ces temps difficiles et incertains, le besoin de sens et de spiritualité est ressenti encore plus que d'habitude. Dans nos églises, mosquées et synagogues, depuis des mois, un maximum de 15 personnes peuvent être rassemblées à la fois. Même si notre pratique religieuse ne se déroule pas exclusivement dans les lieux de culte, cette mesure à long terme est cependant vécue par nous et par beaucoup d'entre nous comme une limitation très drastique de la pratique.

Ayant à l'esprit de nombreux exemples à l'étranger l'esprit et l'expérience du printemps 2020 lors du premier confinement, tous les services de culte reconnus demandent que l'on prenne dès maintenant en considération les futurs critères des observances religieuses, prônant un retour à une mesure relative du nombre de croyants admis. Plus précisément, nous demandons que le chiffre absolu de 15 personnes par édifice ne s'applique plus, mais que le chiffre relatif d'un maximum de 1 personne / 10 m² soit à nouveau la référence. Travailler avec ce critère relatif s'est avéré auparavant moins restrictif pour la perception de la religion tout en préservant très bien la santé publique. Car bien sûr, la lutte contre le virus reste notre première préoccupation.

Il va sans dire que nous continuerons à veiller avec précaution au respect des mesures de sécurité dans chaque scénario: annoncer visiblement les mesures de prévention / garantir une distance de 1,5 mètre entre chaque personne / se couvrir la bouche et le nez / gérer les files d'attente / mettre à disposition du gel désinfectant pour les mains / désinfecter le matériel utilisé / assurer une bonne ventilation / éviter les attroupements).

En vous remerciant pour l'attention que vous prêterez à notre lettre, je vous prie de croire en l'assurance de toute ma considération."

Les signataires:

Pour le culte catholique romain: Mgr. Guy Harpigny, évêque de Tournai et Mgr. Johan Bonny, évêque d'Anvers

Pour le culte évangélique protestant: Ds. Steven Fuite, président de l'Église protestante unie de Belgique et le Dr. Geert W. Lorein, président du Synode fédéral des Églises protestantes et évangéliques de Belgique

Pour le culte israélite: M. Philippe Markiewicz, président du Consistoire central israélite de Belgique

Pour le culte anglican: Canon Prof.Dr Jack McDonald, aumônier-président du Comité central du culte anglican

Pour le culte islamique: M. Mehmet Üstün, président de l'exécutif des musulmans de Belgique

Pour le culte orthodoxe: Mgr Athenagoras Peckstadt, archevêque métropolitain et représentant de l'Église orthodoxe en Belgique

Catégorie : Belgique

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