Tatouages chrétiens d’hier à aujourd’hui: quand le corps devient cathédrale (2/3)


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Tatouages chrétiens d’hier à aujourd’hui: quand le corps devient cathédrale (2/3)
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
3 min

Mikael de Poissy dans son atelier

Après dix-huit ans de métier comme tatoueur, Mikael de Poissy a développé un style unique et inimitable, pour lequel ses clients sont prêts à traverser des océans. Rencontre. "J’avais envie de couleurs et depuis toujours, je suis intéressé par l’iconographie religieuse". Les gens viennent de loin pour se faire tatouer chez Mikael de Poissy. Aujourd'hui, la réalisation de vitraux monumentaux constituent 80 % de son travail. C’est bien entendu l’esthétique si particulière qui attire les candidats, mais aussi la symbolique religieuse. Même s’il est vrai que certains "collectionneurs d’encre" viennent aussi, et parfois de très loin, se faire tatouer chez Mikael pour compléter leur collection. Réaliser ce type de tatouage monumentale est un travail de longue haleine, requérant de nombreuses séances, étalées sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Une véritable histoire débute alors entre le tatoueur et le tatoué.

Des histoires derrière le tatouage

Lors d’un premier échange épistolaire, le client expose tout d’abord son projet, son envie ; « je veux un saint joseph » sur le bras, la jambe, dans le dos ; Mikael a généralement carte blanche pour la réalisation artistique. Le tatoueur veut connaitre les motivations du futur client avant de pouvoir envisager le travail. Derrière chaque projet de tatouage, il y a des histoires fortes, chargées d’émotions, marquées par un passage, des événements, parfois tristes, « chaque tatouage a une histoire, mais toutes ne sont pas aussi chargées en émotions » nous rassure Mikael.

Tatouage avant mise en couleurs

Ces personnes qui choisissent d’arborer un saint dans leur dos "jusqu’à la fin de leur vie", nourrissent un certain respect pour la religion et le catholicisme, explique l'artiste. Sa clientèle se compose principalement de personnes se situant dans la tranche 30-40 ans, issues de milieux plutôt aisés. Car, il faut bien le dire, ce type de tatouage a un coût. Parmi ses clients, Mikael constate une parité hommes/femmes.

A quel saint se vouer?

Très professionnel, le tatoueur est néanmoins ému lors de la dernière séance. Celle-ci marque la fin d’une aventure qui a parfois duré plusieurs années. « On a vécu une histoire, on a échangé, je connais leur vie, ils connaissent la mienne ». Ce sont souvent des professeurs, des universitaires, qui partagent avec Mikael cette même passion de l’histoire. Certains clients viennent avec des demandes précises et pointues, pas question alors de "faire une coupe de cheveux 13e sur un personnage du 10e siècle", nous confie Mikael, très sérieux. Le modèle est donc pensé, mais pas forcément à la mode.

Après trois années de dur labeur, ce client suisse arbore désormais fièrement Saint François d'Assise et Saint Jean-Baptiste.

Mikael s’inspire notamment de l’œuvre de Michel Pastoureau mais jouit aussi, pour certaines réalisations, d’une plus grande liberté surtout quand il s’agit de représenter des saints dont l’iconographie est moins sure. Le tatoueur a donc une passion mais aussi un respect profond pour l’histoire catholique avec une prédilection pour la période des 13e et 14e siècles. Parmi les saints les plus demandés par sa clientèle, on croise saint Georges, saint Michel, sainte Jeanne d’Arc et sainte Geneviève, protectrice de Paris. « On m’en a surtout demandé après les attentats de Paris (NDLR : en janvier 2015) » Tandis qu’une jeune maman optera pour une Vierge à l’enfant, une autre voudra porter la sainte tutélaire d’une grand-mère adorée.

Préserver un héritage

D’un esprit critique aiguisé, Mikael, comme beaucoup, a été refroidi par l’actualité récente qui a frappé l’Eglise (scandales, abus), en France aussi, avec l'affaire Preynat ; il ne va plus à la messe mais prie chaque semaine à l’église. Quand il pousse la porte de la Collégiale de Poissy, où a été baptisé Saint Louis, « je suis souvent seul », regrette-t-il amèrement. "Je ne veux pas abandonner cet héritage qui me permet de me situer et me relie à mes ancêtres mais l’Eglise a besoin de réformes." Sophie DELHALLE Crédit photo: Mikael de Poissy

 

Catégorie : L'actu

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