Le Vicariat du Brabant wallon s'investit de plus en plus dans la célébration de la Fête-Dieu à l’Abbaye de Villers-la-Ville. Une formule réunit avec succès petits et grands: pique-nique en plein air, ateliers dans les ruines pour découvrir les différents aspects de cette fête, eucharistie dans l’abbatiale présidée par l’évêque auxiliaire, le tout se clôturant par un goûter mettant à l’honneur le pain. Il y a en effet de très bonnes raisons pour célébrer cette fête en ce lieu...
Elles sont au nombre de trois, les raisons qui nous invitent à célébrer la Solennité du Saint-Sacrement en Brabant wallon à Villers-la-Ville. Cette fête est «la touche belge» du calendrier liturgique de l’Eglise universelle, établie à l’instigation d’une sainte belge, Julienne de Cornillon, qui fut enterrée à l’abbaye de Villers en 1258. Cette année, nous avons une raison de plus: c’est le 770e anniversaire de la première célébration de cette fête par l’évêque de Liège Robert de Thourotte en 1246.
Des origines à nos jours
La Fête du Saint-Sacrement, avec la Solennité du Sacré-Cœur de Jésus ou le récent Dimanche de la Miséricorde divine, compte au nombre de fêtes liturgiques instaurées suite aux révélations privées (toutes d’ailleurs reçues par des femmes qui se sentent incapables de la mission qui leur est confiée par Dieu). Son établissement est le fruit d’un long cheminement d’abord de Julienne (qui va se taire pendant 20 ans au sujet de l’image intérieure du disque de la lune incomplète qu’elle perçoit régulièrement en prière), mais aussi des autorités ecclésiastiques de l’époque partagées quant à l’utilité d’une telle fête. Cependant, c’est entre autres au futur pape Urbain IV que l’on demandera l’avis sur le message que reçoit Julienne: instaurer dans l'année liturgique une fête qui manque (c’est la fraction manquante au disque de la lune, cette dernière représentant l’Eglise) pour honorer la présence du Christ, sous les espèces du pain et du vin, au milieu de ses fidèles. Après moult péripéties et virages institutionnels, l’évêque de Liège demande de célébrer la fête sur son lit de mort. Une vingtaine d’années plus tard, c’est le pape Urbain IV qui, convaincu par le miracle eucharistique de Bolsène, va introduire en 1264 la Fête-Dieu dans le calendrier liturgique universel. Julienne, proche de l’esprit cistercien, décède avant, en exil, et est enterrée, à sa demande, à l’abbaye de Villers. Ses restes furent dispersés à la Révolution. Aujourd’hui, seule une plaque commémorative se trouve au fond du cœur de l’abbatiale de Villers.
A quoi bon?
Il n’est cependant pas question de faire mémoire des convergences historiques en un lieu et à une date propices. Le cœur de cette solennité, c’est la célébration de la présence efficace et réelle de Dieu au milieu de son peuple. Réalité bien ancrée bibliquement: il suffit de penser à la Tente de la rencontre, lieu où se trouvait l’Arche de l’Alliance, signe par excellence de la présence fidèle de Dieu auprès des siens. Dans sa bulle, Urbain IV reprend les phrases de Jésus: «Je ne vous laisserai pas orphelins... Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps...» pour parler de la présence corporelle de Jésus dans l’Eucharistie: «Il s’est fait Lui-même notre nourriture et notre breuvage. Le Donateur passe en don et la chose donnée est la même que Celui qui donne. Il se donne tout entier!»[1] Mystère de foi qui a fait fuir beaucoup de disciples (Jn 6,66), le pain eucharistique est vraie nourriture, condition de la vie éternelle (Jn 6,54-55). Vraie nourriture non seulement pour l'âme, mais aussi pour le corps si l’on pense à ceux, telle une Marthe Robin, qui pendant plusieurs années ne se sont nourris que du pain eucharistique. Vraie nourriture pour l’intelligence si l’on pense à un saint Thomas d’Aquin qui mettait sa tête, dit-on, dans le tabernacle quand il avait une difficulté théologique à résoudre. Mais aussi vraie nourriture qui transforme notre intérieur à travers nos sens et notamment par notre regard: «qui regarde vers lui resplendira» (Ps 33,6). Cette présence sous les aspects du pain et du vin est un mystère qui continue le récit d’Emmaus à rebours (si l’on pense aux nombreux miracles eucharistiques, comme celui de Bois-Seigneur-Isaac, où se dévoile la présence cachée du Dieu fait homme), mais nous pose parfois un peu plus de difficulté... Mystère enfin de l’unité de l’homme dont tout l’être est appelé à se nourrir de la présence de Dieu.
Une fête pour notre temps?
A notre époque, marquée par la recherche du bien-être dans la vie, l’unité de la personne humaine est une clé pour la pastorale. La bonne nouvelle qui prend en compte la dimension corporelle autant que spirituelle a toutes les chances d’être accueillie. Il n’est peut-être pas si étonnant que renaît parmi les catholiques, et notamment les jeunes, la pratique de l’adoration eucharistique qui donne un «avant-goût» du ciel, puisque «nous lui serons semblables car nous Le verrons tel qu'il est» (1 Jn3,2).
La Fête du Pain de Vie à Villers prend de plus en plus d’ampleur. A cette occasion, le beau, le bien et le vrai se déploient à travers des moments ludiques, des temps conviviaux, des ateliers qui unissent découverte et méditation, pour trouver leur sommet dans une célébration au cœur des splendides ruines qui retrouvent ainsi leur vocation première: servir pour la gloire de Dieu et élever les âmes vers Lui. Soyez les bienvenus le 29 mai dès 12h30!
Jolanta Mrozowska, Service de la catéchèse du Brabant wallon
Source: Delville J.-P., «Julienne de Cornillon à la lumière de son biographe», dans Haquin A. (éd.) Fête-Dieu (1246-1996). 1, Actes du colloque de Liège, 12-14 septembre 1996, Louvain-la-Neuve 1999, pp. 27-53.
[1] https://leblogdumesnil.unblog.fr/2014/06/18/2014-61-constitution-apostolique-transiturus-par-laquelle-le-pape-urbain-iv-etendit-la-fete-dieu-a-leglise-universelle/ consulté le 24 mars 2016.

