A l’occasion de la fête de l’apôtre saint André, ce lundi 30 novembre, le pape François a adressé un message à Bartholomée Ier, patriarche œcuménique à Constantinople. Il y insiste sur la nécessité de rétablir la "pleine communion de foi" entre Eglises catholique et orthodoxe.
Chaque année, cette fête s’inscrit dans le cadre du traditionnel échange des délégations respectives des Saints patrons de l'Eglise catholique romaine et de l'Eglise orthodoxe: le 29 juin à Rome pour la célébration des saints Pierre et Paul,et le 30 novembre à Istanbul pour la célébration de saint André.
Le Cardinal Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, était cette année à la tête de la délégation du Saint-Siège pour la fête de saint André. A la conclusion de la divine liturgie, il a rendu public le message signé de la main du pape François au patriarche œcuménique Bartholomée, accompagné d’un don.
Dans son message, le pape dit vouloir renouer et renforcer les liens avec l’Eglise orthodoxe. Dans cette optique, il exprime sa volonté de "retirer de la mémoire les excommunications de 1054 qui, pendant des siècles, ont constitué un obstacle entre les Eglises catholique et orthodoxe". A la place, le pape veut rétablir la "pleine communion de foi" par le biais d’une logique d’amour et de fraternité, représentée par l'accolade fraternelle entre le pape et le patriarche en 2014, à Istanbul. Le pape souhaiterait persévérer dans un dialogue théologique soutenu d’une mutuelle charité afin d’examiner attentivement les questions qui les séparent. "Nous devons ensemble offrir au monde un témoignage crédible et effectif du message du Christ pour la réconciliation et le salut", a-t-il précisé.
Le pape a aussi souligné deux points importants. En premier lieu, il voit comme un signe d’espoir pour les catholiques et les orthodoxes la possibilité de célébrer ensemble la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, le 1er septembre, Rome ayant ainsi suivi une tradition ancrée dans l'orthodoxie.
Le pape François conclut son message par une demande de prière au patriarche en vue du Jubilé de la Miséricorde qui se tiendra à Rome à partir du 8 décembre, "une occasion pour toutes les Eglises orthodoxes d’être une source d’abondantes bénédictions pour la vie de l’Eglise".
Progrès et obstacles
Si des progrès importants ont été réalisés ces dernières décennies dans le rapprochement entre Eglise catholique et Eglise orthodoxe, à travers un dialogue théologique fructueux, mais surtout le rétablissement d'une confiance et d'une fraternité rompues pendant 9 siècles, certains obstacles demeurent à la pleine communion. Ces obstacles sont, sans doute, davantage culturels que théologiques.
La principale raison de la séparation, aujourd'hui, est cependant ecclésiologique. Elle concerne, notamment, le rôle du pape dans l'Eglise, c'est-à-dire l'exercice de sa primauté et de son infaillibilité. Si, en tant que successeur de l'apôtre Pierre et évêque de Rome, le pape devrait pouvoir exercer une primauté à l'endroit de tous les évêques du monde, y compris orthodoxes, la manière dont cette primauté est exercée, dans l'Eglise latine depuis de nombreux siècles, n'est pas acceptable comme telle pour les Eglises orthodoxes.
Dans l'Eglise catholique, cette primauté est vécue comme l'exercice d'une autorité bien réelle à l'endroit des évêques, et de toute l'Eglise. Dans le monde orthodoxe, par contre, cette primauté est davantage symbolique que juridique. Ainsi, il ne serait pas imaginable que le patriarche oecuménique Bartholomée prenne certaines décisions qu'il pourrait, de plein droit, faire appliquer par les évêques orthodoxes. Toute décision importante est prise dans le cadre du saint Synode.
Le pape François, on le sait, insiste sur une Eglise qui soit davantage synodale, ce qui implique un exercice plus collégial de l'autorité au sein de l'Eglise catholique, quitte à revoir la compréhension de la primauté du pape. Cette ouverture pourra, incontestablement, favoriser le rapprochement entre nos Eglises respectives. A savoir quel niveau d'autorité du pape les orthodoxes sont, quant à eux, prêts à accepter.
Autre difficulté: les différentes Eglises orthodoxes sont largement plus autonomes que les Eglises locales le sont au sein de l'Eglise catholique. En outre, de nouveaux patriarcats se sont développés dans le monde orthodoxe, qui se sont largement "autonomisés" à l'égard du patriarcat oecuménique de Constantinople. Ainsi, le patriarche de Moscou exerce une primauté réelle sur l'Eglise orthodoxe russe, sans devoir se "soumettre" à l'autorité du patriarche de Constantinople, qui exerce dès lors ce qu'on appelle parfois une "primauté d'honneur" à l'endroit de toutes les Eglises orthodoxes.
Bref, si la pleine communion doit pouvoir être rétablie entre l'Eglise latine et l'Eglise d'Orient, cela ne dépend pas uniquement de la position, à cet égard, du patriarche Bartholomée... Après une préparation de plusieurs décennies, un concile panorthodoxe devrait se tenir en 2016. Si ce concile a effectivement lieu, ce sera une grande victoire à mettre à l'actif du patriarche Bartholomée. Depuis le schisme de 1054, aucun concile orthodoxe de cette ampleur n'a en effet pu être tenu.
Ce concile serait susceptible de resserrer l'unité des Eglises orthodoxes entre elles, et pourrait également se prononcer sur la portée de la primauté de l'évêque de Rome sur l'ensemble du monde chrétien. Ce qui représenterait un pas important vers la pleine communion entre catholiques et orthodoxes.
(Avec Radio Vatican)
Photo: le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople

