Ce 24 juin, la Belgique commémore l’enlèvement de Julie et Mélissa il y 20 ans, qui bouleversera tout notre pays. Au-delà du devoir de mémoire, la manière dont cette commémoration est utilisée par la presse me laisse une impression désagréable.
Emissions spéciales, JT ou JP donnant une large place à des archives… A-t-on pensé à la douleur des parents et des proches des enfants disparus et assassinés? J’ai, je l’avoue, comme un goût amer en bouche. Remuer le passé de la façon dont une certaine presse le fait, est à la limite de l’obscénité. Ce n’est pas du journalisme mais bien du voyeurisme. De quoi faire vendre ou avoir de l’audience. Le drame vécu il y a 20 ans, qui entraînera aussi la découverte d’autres affaires sordides, ne peut pas être exploité. Ni à des fins de soi-disant information, ni pour faire parler de soi. C’est faire honte aux victimes et c’est une marque de mépris vis-à-vis des parents et proches qui, chaque jour, j’imagine, souffrent de l’absence.
Nous avons cette propension à commémorer des événements tragiques à des dates-clés. Et c’est normal: le devoir de ne pas oublier est indispensable. Mais, qu’apporte le fait de rediffuser, 20 ans plus tard, les appels douloureux des parents des victimes aux ravisseurs? Qu’apporte la rediffusion des images tragiques vécues par les familles et les victimes qui, heureusement, s’en sont sorties?
Je suis mal à l’aise face à l’emballement médiatique de cette commémoration. Est-ce vraiment faire devoir de mémoire? Je ne le crois pas. On met en évidence la douleur, le fait que les parents ne peuvent pas pardonner – et humainement on peut le comprendre – alors qu’il vaudrait mieux s’interroger sur ce qui a vraiment changé. Ce drame a marqué un tournant dans notre pays. Au-delà des faits horribles, il a instauré ce que j’appelle «l’émocratie» qui consiste à entamer des réformes dans l’émotion et la précipitation par peur d’être accusé de ne pas prendre des mesures pour que cela ne se reproduise plus.
En tant que catholique, nous prônons la distinction entre l’homme et ses actes. Nous prônons aussi le pardon. Mais, dans des cas aussi tragiques, pouvons-nous le faire? Sœur Emmanuelle disait à des personnes avouant ne pas pouvoir accorder leur pardon, de demander à Dieu de pardonner à leur place.
Prions pour ces victimes. Prions surtout pour leurs proches dont la blessure ne peut pas guérir. Prions pour qu’elles puissent faire, malgré tout, leur deuil. Et demandons que notre pays puisse faire aussi son deuil, sans oublier bien sûr. Cela évitera encore à l’avenir un voyeurisme médiatique qui ne sert que ceux qui souhaitent en tirer un quelconque profit!
Jean-Jacques Durré
