Ne supportant plus son corps de femme, une personne a demandé et obtenu l'euthanasie pour "souffrances psychiques insupportables".
Ce n'est pas la première fois que la presse rapporte un cas d'euthanasie qui sort de l'ordinaire. Mais si le dernier en date est aussi intéressant, c'est parce qu'il donne un nouvel exemple concret de ce qui peut être considéré comme une souffrance psychique insupportable. En l'occurrence celui de ne pas pouvoir accepter l'identité sexuelle que l'on a reçu.
La personne en question était née avec un sexe de femme. A la naissance, ses parents la prénommèrent Nancy. Mais Nancy a toujours refusé cette identité. Elle se sentait prisonnière d'un corps dont elle ne voulait pas, rapporte "Het Laatste Nieuws". Elle a donc subi plusieurs opérations (ablation mamaire) et à 42 ans, Nancy est devenue Nathan. Mais le résultat n’était pas à la hauteur de ses espoirs. La dernière opération consistant dans une greffe d'un pénis artificiel fut un échec.
Avant même cette opération, Nathan avait pris contact avec le service Soins de soutien et Soins palliatifs de la VUB en expliquant qu'il préférait être euthanasié plutôt que de continuer à souffrir dans ce corps de femme.
Conforme à la loi
Une telle requête était-elle recevable au regard de la loi de 2002 sur l'euthanasie? Celle-ci exige, pour que la demande d'euthanasie soit acceptée, que le patient se trouve dans une situation médicale sans issue et fasse état d'une souffrance physique ou psychique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d'une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable.
Selon le docteur Wim Distlemans (VUB), qui a supervisé l'euthanasie, toutes les conditions étaient réunies pour donner suite à cette demande. "La situation de Nathan était irréversible et incurable et on pouvait clairement parler dans ce cas de souffrances psychiques insupportables".
Avocate et membre de la commission fédérale de contrôle et d'évaluation de l'euthanasie, Jacqueline Herremans estime cette euthanasie conforme à la loi dans la mesure où une maladie d’ordre psychiatrique entre en ligne de compte dans le diagnostic d’une maladie grave incurable. "Il peut se trouver des cas où la douleur est contrôlée mais en revanche, des questions d’existence, de perte d’autonomie, de dignité surtout se trouvent vraiment bien présentes", a-t-elle expliqué au micro de RTL. Et d'ajouter que ce genre de décision n’est jamais prise par un seul médecin. Un premier médecin s'intéresse aux caractères graves et incurables de l’affection ainsi qu’aux souffrances psychiques ou physiques inapaisables.
Cette entrevue se poursuit par des entretiens, des propositions de pistes alternatives et de solutions. Par ailleurs, dans ce cas, où il n’est pas question d’un décès devant intervenir à brève échéance, un autre médecin, un psychiatre, spécialiste de la pathologie concernée, s’est intéressé à la qualité de la demande, pour voir s’il n’y a pas, par exemple, un état de dépression passagère.
Pour Me Herremans, il s’agit, ici, d’un cas de conscience, d’une situation qui pose question et à laquelle il n’y a pas de solution immédiate. "Il faut entamer une longue démarche pour comprendre."
P.G.
