Editorial de Jean-Jacques Durré, paru dans « Dimanche Express » n°23 du 23 juin 2013
On le sait peu, mais les débats sur les questions éthiques touchant à notre société peuvent cacher des effets pervers. Ainsi, au moment où l’on discute de l’extension éventuelle de la loi sur l’euthanasie aux mineurs et aux personnes atteintes de maladies neuro-dégénératives, certains, sous le prétexte de permettre de "mourir dignement", songent à imposer de manière indirecte leur point de vue. Lors du débat télévisé dominical sur ce sujet sensible, la présidente de "l’Association pour le droit de mourir dans la dignité" n’a pas hésité à dire qu’il fallait que le droit à l’objection de conscience, qui reste la liberté de médecins et de certains hôpitaux, ne soit plus permis! En clair, si le patient exprime la volonté de mettre un terme à sa vie, le médecin ne pourrait plus refuser, même si c’est contraire à ces convictions.
Il ne faut pas se le cacher, dans le "combat" de ceux qui veulent changer les lois belges sur les sujets éthiques, il y a une réelle volonté de "coincer" ceux qui refuseraient de suivre la nouvelle législation au nom de leur foi. Ainsi, on pourrait en arriver à des situations perverses. "Vous refusez l’euthanasie? Vous paierez donc les frais d’hospitalisation qui ne seront plus remboursés". A terme, cela pourrait conduire à la suppression des unités de soins palliatifs. Il en va de même pour l’avortement. Il se murmure que dans une grande université bruxelloise, un professeur de médecine "conscientise" ses étudiants au problème de la trisomie 21, avançant l’argument que, comme celle-ci peut être découverte lors de la grossesse, les futurs médecins ont "l’obligation morale" de proposer aux parents l’interruption de celle-ci. Qui nous garantit qu’un jour on ne dira pas à ces parents: "Vous refusez l’avortement? Vous supporterez le coût financier de votre choix. Ce n’est pas à la société de le faire"?
Bien sûr, nous n’en sommes pas encore là, heureusement. Mais, ces situations sont loin d’être impossible. Voilà pourquoi nous devons faire entendre notre voix et ne pas rester apathiques face à ces discussions qui touchent le devenir de la société. C’est le principe de solidarité qu’il faut défendre, mais surtout le lien humain. C’est aussi une question d’amour. Certes, ces arguments peuvent paraître faibles face à ceux avancés pour défendre l’avortement et l’euthanasie, mais ils sont essentiels pour que la société reste viable et que la liberté de conscience soit préservée.
