Editorial de Pascal André paru dans "Dimanche Express" n°7 du 24 février 2013 :
La semaine dernière, l'Union européenne a bombé le torse et montré les dents, mais cette démonstration de force n'a guère impressionné celui à qui elle était destinée. En effet, le 12 février dernier, l'industriel indien Lakshmi Mittal a opposé une fin de non-recevoir au Commissaire européen Antonio Tajani, qui lui demandait de suspendre ses mesures de restructuration le temps de confectionner, d'ici à juin, un "plan acier" à l'échelle du continent. Pire: il n'a même pas daigné participer à la table ronde sur l'avenir du secteur qui était organisée ce jour-là à Bruxelles. Une attitude qui a provoqué l'irritation de plusieurs dirigeants européens, mais qui n'est pas vraiment étonnante en soi, vu le pouvoir et l'influence qu'ont acquis, ces dernières années, les multinationales, dans les sociétés des pays où elles sont implantées. Pouvoir et influence dont elles ont souvent tendance à abuser, faisant fi des droits de leurs travailleurs et des communautés locales, sans parler des atteintes à l’environnement.
Ainsi, M. Mittal, dont le principal objectif est d'accroître les bénéfices de son groupe, ne se soucie-t-il apparemment pas du tout du sort des milliers de travailleurs belges, français ou autres, qui vont perdre leur boulot suite à ses mesures de restructuration. Ça, c'est la tâche des pouvoirs publics, se dit sans doute l'industriel, oubliant au passage qu'il a bénéficié de subsides importants et de copieux cadeaux fiscaux pour investir chez nous. Des sommes qu'il ne remboursera probablement jamais, bien qu'il n'ait tenu aucun de ses engagements. Mais c'est un autre débat.
Face au géant de l'acier, nos responsables politiques n'ont donc pas d'autre solution que de faire preuve de créativité et d'unir leurs forces, sans quoi ils perdront encore un peu plus de leur crédit auprès des citoyens. Il faudra en tout cas davantage que quelques paroles musclées ou rencontres médiatiques entre ministres pour impressionner M. Mittal. Ce dont l'Europe a urgemment besoin aujourd'hui, c'est d'une véritable vision industrielle d'avenir. Vision qui soit à la fois ambitieuse, viable à long terme et écologiquement durable. Mais quand on voit l'accord, très décevant, dégagé il y a peu sur le budget européen, on peut se demander si nos dirigeants parviendront à faire taire leurs divergences et à parler d'une seule voix. L'isolationnisme de la Grande-Bretagne n'augure, à ce titre, rien de bon…

