Selon un dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme, près de 12.000 personnes, en majorité des civils, ont péri depuis l'éclatement de la révolte populaire. L’arrivée des observateurs de l’ONU et le cessez-le-feu en vigueur depuis le 12 avril dernier, laissaient espérer un chemin d’apaisement et de réconciliation dans le pays. Un espoir qui disparaît peut-être avec deux attentats particulièrement meurtriers ce jeudi 10 mai à Damas.
Deux fortes explosions ont retenti ce matin du 10 mai 2012 dans la capitale syrienne, Damas. Ces attaques ont fait «au moins 29 morts et 103 blessés», selon la télévision d'État syrienne qui a diffusé des premières images, montrant des corps carbonisés à bord de dizaines de carcasses de véhicules encore fumantes (photo).
La violence vient de tous les côtés
Interrogé par l’agence Apic, le Père Ziad Hilal, un jeune jésuite vivant à Homs s’abstient de toute prise de position partisane face à la violence qui ravage son pays et sa ville en particulier. "Moi, je suis pour la paix, je ne m’occupe plus de politique. Ma priorité, outre l’aide humanitaire aux populations qui souffrent de la situation, se porte sur l’éducation des enfants: nous devons former une nouvelle génération et l’éduquer afin de faire baisser la tension interconfessionnelle. Il faut la sensibiliser à l’esprit d’ouverture aux autres…". Pour le religieux jésuite, les responsables politiques, tant au niveau du régime en place que de l’opposition, sont irréconciliables. "Ils sont jusqu’au-boutistes et ne cherchent que le pouvoir. Autant alors mettre l’accent sur la nouvelle génération!"
Les combats dans la partie Est-Centre et Nord de la ville de Homs ayant provoqué le déplacement des habitants, les écoles sont fermées depuis plusieurs mois dans ces "quartiers chauds". Les enfants ne vont plus en classe et demeurent cloîtrés à la maison, en regardant la télévision ou écoutant les bavardages des adultes. Le Père Ziad a donc décidé d’engager de jeunes diplômés universitaires sans travail pour donner classe à ces enfants. Il salarie actuellement plus de 30 éducateurs pour son école, qu’il a baptisée "Centre éducatif Saint-Sauveur". Elle est située à côté de l’église du même nom (qui a reçu une bombe, il y a un mois, causant un trou dans le toit). Les enfants sont également nourris: le Père leur fournit du lait, des sandwichs, des fruits. Actuellement, il distribue, avec un groupe de religieux et de jeunes, grâce aux dons venus de Caritas, de l’Oeuvre d’Orient et de bienfaiteurs, des paniers d’aliments pour un millier de familles à Homs et dans les villages de la campagne aux alentours de la ville. "C’est un rayon de lumière dans cet enfer, une grande espérance… Nous scolarisons déjà 150 enfants et dans quelques jours, nous rêvons d’arriver à 200 élèves. Qu’ils soient chrétiens, sunnites ou alaouites, on ne fait aucune différence".
Le visage démographique de la ville a changé: les chrétiens sont partis
Depuis le début du conflit, Homs a pris un autre visage, marqué par les changements démographiques qui risquent d’être inéluctables: les quartiers de Bustan al-Diwan, al-Hamidiyyé et al-Arzoun, qui formaient autrefois des zones chrétiennes, se sont vidés de leurs habitants. "Il y avait à Homs peut-être 150’000 chrétiens. Plus de 80% sont partis à cause des combats, vers les montagnes, dans la ’Vallée des chrétiens’, à Damas, à Alep…" Le voisinage de ces quartiers a maintenant changé, les maisons abandonnées par les chrétiens sont désormais vides et ouvertes à tout vent. Cela va créer une situation difficile, car il n’y a plus aucune autorité pour régler les conflits qui vont immanquablement surgir.
Apic / MVL
