A l’occasion de la visite du cardinal Sarah en Belgique, d’aucuns pourraient s’étonner: comment se fait-il que des responsables d’Eglise abordent des questions essentielles de manière différente? Cela n’implique-t-il pas des divergences fondamentales au regard de la foi?
"Quand l’un déclare: ‘Moi, j’appartiens à Paul’, l’autre: ‘Moi à Apollos’, n’agissez-vous pas de manière tout humaine? Qu’est-ce donc qu’Apollos? Qu’est-ce que Paul? Des serviteurs par qui vous avez été amenés à la foi; chacun a agi selon les dons que le Seigneur lui a accordés" (1 Co. 3, 4-5).
Celui qui s’exprime dans ces lignes, c’est saint Paul, vers l’an 50. Le problème n’est donc pas nouveau: les chrétiens ont tendance à se réclamer de l’une ou l’autre… tendance (réelle ou supposée) dans l’Eglise, en prenant parfois (souvent) parti pour tel évêque, prêtre, témoin… contre un autre. Certains se diront appartenir à Benoît, d’autres à François. A Robert, ou à Joseph. Alors que les dons sont complémentaires dans l’Eglise et concourent, dans l’Esprit Saint, au bien de tout le Corps du Christ qu’est l’Eglise.
Relativisme et absolu
A la "dictature du relativisme", vigoureusement dénoncée par le cardinal Sarah, ne répondons pas par une hérésie de l’absolu. En effet, aucune prise de position théologique, spirituelle, pastorale, même celle qui se revendique d’une fidélité radicale à l’Evangile et au magistère de l’Eglise, ne peut dire toute la foi. Même un dogme, qui exprime de manière exacte un point de la révélation, ne peut dire toute la révélation. Seul Dieu est l’absolu, et Dieu demeure toujours au-delà de notre appréhension.
Ainsi, au cours de l’Histoire de l’Eglise, les dogmes eux-mêmes sont destinés à être approfondis, comme l’expliquait le cardinal Newman (1801-1890). Ainsi, les dogmes du concile de Nicée-Constantinople (325/381) n’ont pas empêché la formulation de ceux de Chalcédoine (451).
Vécues dans l’unité de la foi et la charité, les tensions, inévitables, peuvent néanmoins s’avérer fécondes. Déjà au "concile" de Jérusalem, au premier siècle, les apôtres et les anciens, réunis autour de la question de la circoncision des convertis issus du paganisme, entrèrent dans une "discussion vive". Pierre, finalement, trancha: les fidèles issus du paganisme ne seraient pas soumis à la loi de Moïse, mais ils devraient, entre autres, "s’abstenir des souillures de l’idôlatrie" (Ac. 15, 20). Ce fut sans doute le premier dogme de l’Histoire de l’Eglise.
Dans tous les conciles suivants – ou dans les synodes –, de telles discussions apparaissent. Là où, humainement, les positions paraissent parfois irréconciliables, un consensus finit toujours par se dégager, sous la forme d’une nouvelle synthèse, qui correspond à un nouvel approfondissement de la foi. Il en ira de même dans les débats qui, aujourd’hui, traversent l’Eglise, de l’Orient à l’Occident, du Nord au Sud.
Christophe Herinckx

