Quelle âme pour l’Europe ?


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Quelle âme pour l’Europe ?
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Mgr Delville et jan De Voldeer, deux des quatre signataires de "Quelle âme pour l'Europe?"

Mgr Delville et Jan De Volder, deux des quatre signataires de "Quelle âme pour l'Europe?"

A l'heure où le projet européen a de plus en plus de mal à convaincre les citoyens du Vieux Continent, voici un ouvrage on ne peut plus opportun qui a été présenté le 4 juillet à la presse dans les locaux de la COMECE*. Un livre éclairant, qui permet de mieux comprendre ce qu'est l'identité européenne, comment elle s'est construite à partir de racines chrétiennes, et de se persuader de la nécessité de l'existence d'une âme européenne.

Brexit, montée des nationalismes, tendance au repli sur soi, absence de leadership européen et de vision: l'Europe semble marquer le pas, voire sur le déclin. Serait-elle dépassée par la globalisation que nous vivons? "La crise actuelle est grave", a reconnu Jan De Volder, l'un des co-signataires du livre (fruit de quatre conférences données en 2013 à l'UCL, sous la direction de Mgr Delville). "C'est une crise multiple: politique, sécuritaire, culturelle, c'est la crise du vivre ensemble, celle d'une société qui semble à bout de souffle", précise-t-il, ajoutant même que la députée anglaise Jo Cox était probablement la première martyre de la cause européenne. Alors comment retrouver ce souffle, cette âme dont Jacques Delors avait souligné la nécessité en son temps, pour ne pas céder au sentiment de l'inéluctable? A chacun sans doute d'apporter des éléments de réponse après avoir lu ce recueil très instructif sur les racines de l'Europe et ses caractéristiques qui permettent de définir une identité européenne.
Les quatre auteurs nous éclairent de leur science. Le premier d'entre eux est Gérard-François Dumont, sociologue et géographe et recteur de l'université de Paris-Sorbonne. Pour lui, l'Europe se reconnaît davantage dans ses valeurs que dans ses frontières. Et ces valeurs sont: l'égalité (et son corollaire: le respect de la charité), la liberté, la créativité et la séparation des pouvoirs. L'avenir de l'Europe suppose donc d'écarter les tentations bureaucratiques et impériales comme les tentations inégalitaires et malthusiennes.

L'apport du christianisme

Pour Mgr Delville, qui signe ici le volet historique de l'Europe, cette dernière trouve son événement fondateur avec le baptême de Clovis. A ce moment, "le Germain et le Latin s'unissent sous le sceau du christianisme romain", explique l'évêque de Liège. Quelques siècles plus tard, Charlemagne unifiera l'Europe en collaborant avec les papes. Pendant cette période du Moyen Age, les mots "Europe", "européen" font leur apparition dans les livres et les monastères, les ordres religieux (qui ne connaissent pas de frontières), les universités deviennent de véritables réseaux d'unification de l'Europe. A la Renaissance, le pape Pie II osera même dire: "L'Europe, notre patrie…"
L'apport du christianisme est donc une évidence dans l'identité européenne. Même si le mythe des "Pères fondateurs chrétiens" évoquant les figures de Schuman, Adenauer, De Gasperi, Spaak doit être nuancé selon Vincent Dujardin. Pour le Président de l'Institut d'études européennes de l'UCL, ces hommes partageaient surtout une hostilité viscérale à la guerre ainsi que le fait d'être des hommes de périphérie, accoutumés à la vie frontalière, et d'avoir connu les souffrances.
Quant à l'avenir, Jan de Volder a indiqué les grandes lignes directrices selon lui à respecter. En premier lieu, la préservation de la gratuité, de la solidarité. "On a vu des femmes et des hommes tendre la main aux réfugiés. C'est avec cette société civile-là, et avec les Eglises, que les Etats doivent collaborer", a-t-il demandé en promouvant à titre d'exemple le projet de couloirs humanitaires initié par la communauté Sant'Egidio. Il a aussi insisté sur l'importance de resserrer les liens entre l'Europe et l'Afrique. "Ces deux continents doivent construire leur avenir ensemble", a-t-il plaidé, regrettant le manque de clairvoyance des hommes politiques européens qui ne se rendent pas compte que non seulement l'Afrique - qui va connaître dans les années à venir la plus grande croissance de la planète - mais aussi les Africains changent. Enfin, Jan De Volder s'est clairement prononcé en faveur de l'ouverture de l'Europe aux jeunes immigrants car ceux-ci apportent souvent du dynamisme sur le plan économique, social et culturel et représente "une injonction d'humanité dans nos sociétés en proie à l'individualisme et une solitude étouffante".
Donner une âme à l'Europe est donc le grand défi de demain. Malgré la crise qui la secoue actuellement, Mgr Delville se veut optimiste. Le succès d'Erasmus (un cycle d'étude à l'étranger) auprès des jeunes étudiants plaide en ce sens. "Et ce qui va se dire aux JMJ de Cracovie sera également très intéressant", a ajouté l'évêque de Liège, convaincu de la force du "ciment évangélique" grâce auquel l'Europe se construit depuis quinze siècles.

Pierre GRANIER

*Commission des épiscopats de la Communauté européenne

Quelle âme pour l'europept

 

 

 

"Quelle âme pour l'Europe?"
Gérard-François Dumont, Vincent Dujardin et Jan De Volder, sous la direction de Mgr Jean-Pierre Delville.
Editions Lumen Vitae, 2016, Collection "Trajectoires", n° 28 – 16 euros

Ecouter Mgr Delville:

 

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