Au-delà des conséquences politique, économique ou financière que provoque la prochaine sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, il faut se pencher sur ce qui a motivé la décision du Premier ministre britannique, que rien n'obligeait à organiser ce référendum. Certains, ce matin se sont dits "attristés", "avoir la g… de bois" ou encore "inquiets". Et de fait, l'inquiétude est la première des impressions qui nous vient à l'esprit. Certes, le choix des Britanniques relève de leur liberté. Bien sûr, le rêve d'une Europe unie est brisé et, quelque part, il faudra du temps pour s'en remettre. Une partie du monde politique, dans chacun des pays de l'Union, porte une part de responsabilité dans cet échec: quand quelque chose ne va pas, c'est la faute "à Bruxelles". Cela renforce l'euroscepticisme.
Pourtant, il faut aller de l'avant. La fin d'une aventure marque aussi le début d'une nouvelle. Si un rêve est brisé, il peut donner naissance à un nouveau rêve. Il faut juste la volonté de le concrétiser. Plusieurs dirigeants parlent de convoquer des sommets, des colloques, etc. D'autres estiment qu'il faut revoir le projet européen. Et, à cet égard, il faut peut-être relire ce qui a motivé les pères fondateurs de l'Europe, comme Robert Schuman, Jean Monnet, Paul-Henry Spaak, Alcide de Gasperi ou encore Konrad Adenauer pour ne citer qu'eux. Un idéal les animait: celui de reconstruire, au lendemain de la guerre, un continent anéanti. De le reconstruire au-delà des séquelles laissées par le conflit de 40-45, au-delà des divergences. C'était la politique de la main tendue.
La victoire du "Brexit" est sans doute motivée par une Europe jugée trop éloignée des préoccupations de ses citoyens. Une Europe qui semble être trop "technocrate". Mais, ce n'est pas la seule raison. Ce qui m'inquiète particulièrement en ce jour triste pour l'Union européenne, c'est que cette victoire est d'abord celle du rejet de l'autre, du repli sur soi. C'est pour tenter de juguler la montée du populisme et des partis extrémistes, notamment face à l'arrivée massive de réfugiés, que David Cameron a pris le risque de jouer ce "coup de poker".
Et c'est bien là que le bât blesse. Vouloir contrer les partis racistes et extrémistes en votant des lois, à la limite liberticides, n'est pas la solution. Il faut contrer leurs arguments simplistes par des faits et des actes.
Aujourd'hui, tous les Européens convaincus ont un goût amer en bouche. Car, la victoire du Brexit, c'est aussi l'échec d'un certain humanisme, de la politique de la main tendue, de l'ouverture à l'autre, d'une certaine morale aussi et d'une ambition: celle de construire un monde plus fraternel, au-delà des peurs et des oppositions. C'est la victoire du "chacun pour soi", de l'individualisme, du nationalisme.
Gardons cette espérance que cette sombre journée débouchera dans le futur sur un ciel plus serein. L'Evangile nous y encourage. Ce n'est pas parce qu'on trébuche qu'on ne peut pas se relever!
Jean-Jacques Durré
