L’Autriche a échappé de peu à l’élection d’un président issu de l’extrême-droite. L’Europe respire. Pourtant, il n’y a là aucune raison de se réjouir. D’abord, parce que le score entre les deux prétendants encore en lice a été plus que serré. Ensuite, parce que le fait que les partis traditionnels aient été écartés au premier tour de scrutin est symptomatique de ce qui se vit sur le Vieux Continent. L’afflux de migrants, la crise sociétale, les attentats, la non-intégration sont autant de facteurs qui ont contribué à faire perdre le sens de la raison à nombre d’Européens. C’est aussi le cas chez nous, si l’on en croit les derniers sondages politiques: montée en puissance de l’extrême-droite en Flandre et de l’extrême-gauche dans le sud du pays. Bref, un affaiblissement des partis dits traditionnels.
Le cas autrichien doit nous interpeller car il est l’illustration d’un repli sur soi dangereux. Repli identitaire, mais aussi social et économique. Certains rétorqueront que s’ouvrir aux autres identités culturelles et cultuelles met en péril nos valeurs et nos traditions, qui sont nos racines. Il est vrai que ces valeurs ont formé notre histoire commune et expriment ce qui nous rassemble. A cet égard, la tendance actuelle à vouloir nier leur filiation religieuse en raison de la sécularisation de notre société est tout bonnement réductrice. Ceux qui prônent l’éradication de la religion de la sphère publique se trompent de combat. Indirectement, ils mettent en péril un vivre ensemble, qui se désagrège déjà peu à peu. Or, ce vivre ensemble ne peut se construire que si l’on connaît l’autre et ses traditions. Notre monde s’ouvre et les barrières tombent. Pourquoi alors s’évertuer à vouloir les reconstruire?
Affirmer nos valeurs et nos traditions est important mais ne peut en aucun cas conduire au rejet de celui qui est différent, par sa langue, ses origines ou sa religion. C’est dans le dialogue permanent que les tensions s’apaisent et que l’on peut envisager un avenir meilleur. Pour cela, comme l’a dit le pape François, ils nous faut changer nos modes vie et de pensées, mais aussi nos choix politique et économique. Peut-être serait-il bon d’y réfléchir en ces temps troublés! Ayons de l’audace, croyons en l’avenir et mettons en place des projets mobilisateurs où chacun sera acteur. Plus facile à dire qu’à faire? Sans doute. Mais le monde n’a pu se construire que parce que des femmes et des hommes ont cru à l’impossible. C’est de cette manière que nous barrerons la route aux extrémistes.
Jean-Jacques Durré
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