Au milieu des potins de stars, des tendances culinaires et des chutes en cascade, trois vidéos ont été très largement partagées ces dernières semaines sur les réseaux sociaux. Les deux premières concernent des agressions dont ont été victimes des représentants des forces de l'ordre, la troisième regroupe des images de massacres au Nord Kivu. Mardi 24 mai, alors que des casseurs sévissent en marge de la manifestation nationale qui se tient à Bruxelles, le commissaire Pierre Vandersmissen s'avance, un spray anti-agression à la main face à un groupe d'agités. Un jeune homme saisit un pavé et vient le frapper violement à l'arrière de la tête. Le commissaire perd instantanément connaissance et s'effondre sur le sol. Une semaine plus tôt, en France, une manifestation de grogne contre les forces de l'ordre dégénère. Un homme filme cette scène ahurissante: une voiture de police est prise pour cible via des jets de pierres, des coups de pied et de barres de fer dans la carrosserie avant qu'un individu ne parvienne à y bouter le feu. Le policier qui s'extrait du véhicule en feu parvient finalement à quitter les lieux après avoir essuyé des coups directs. Au Congo, pas de caméra pour filmer le génocide du peuple Nande, mais une succession de photos nous montrant des corps meurtris par les coups de machettes. Parmi eux, de nombreux enfants, gisant sur un sol où le sang se mêle à la terre. Dans le jargon des internautes, on qualifie ces vidéos de "virales", en référence à leur expansion hyper rapide et non contenue. Le voyeurisme et le sensationnalisme favorisent souvent la "propagation" des vidéos postées sur les réseaux sociaux. Dans le cas de ces trois vidéos, difficile de définir ce qui pousse les utilisateurs à partager massivement leur diffusion mais il est évident qu'elles permettent de sensibiliser le public à une violence qui franchit toutes les limites et de dénoncer des atrocités commises contre une population sans défense. A ce titre, les réseaux sociaux sont devenus le contre-pouvoir d'une presse qui tait certains faits pour des intérêts difficilement compréhensibles. Si elle peut servir à nous conscientiser, la "vidéo virale" est certainement la maladie la plus saine dans la fièvre de l'information.
Manu VAN LIER
