Maltraitance des seniors, le danger peut venir des proches


Partager
Maltraitance des seniors, le danger peut venir des proches
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
5 min

Dim-23Psychologique, financière ou physique, la maltraitance des personnes âgées toucherait un senior sur vingt en Wallonie. La majorité des cas observés se déroule dans le cadre familial.

"Il n’y a pas de date de péremption à partir de laquelle on ne doit plus être considéré comme un adulte. L’adulte qui a vieilli doit continuer à occuper une place dans la société avec des devoirs, des obligations, mais aussi des possibilités de choix", estime Dominique Langhendries, directeur de Respect Seniors, l’Agence wallonne de lutte contre la maltraitance des personnes âgées. En 2014, le centre d’appel de Respect Seniors a enregistré une augmentation de 10% des signalements, ce qui ne signifie pas pour autant que les situations de maltraitance aient elles-mêmes augmenté. Cette question autrefois taboue est aujourd’hui davantage dénoncée par les aînés, par leur entourage et par les institutions. L’Office mondial de la santé (OMS) estime que 4 à 5% de la population de plus de 65 ans pourrait subir une situation de maltraitance. "On compte 650.000 aînés en Wallonie. 5%, cela représente nettement plus que les 1770 dossiers ouverts en 2014", relève Dominique Langhendries.

Différentes formes de maltraitance

Respect Seniors remarque que les femmes sont davantage sujettes aux mauvais traitements que les hommes (7 cas sur 10). Les personnes au-delà de 70 ou 75 ans sont également plus vulnérables. Contrairement aux idées reçues, la violence physique (séquestration, coups, gifles, violence sexuelle, brûlure, lancement d’objet ou bousculade) n’est pas la forme la plus courante de maltraitance. Elle ne représente en fait que 7% des plaintes.

Psychologique: elle est de loin la plus répandue (37% des signalements). Elle se manifeste généralement par une infantilisation des aînés, des langages irrespectueux, dévalorisants ou culpabilisants, des humiliations et une absence de considération ou d’intimité.

Financière: ce type d’abus prive ou empêche la personne âgée d’avoir accès à la totalité ou à une partie de ses ressources. Il peut s’agir d’exploiter ou d’utiliser de manière illégale ou impropre les fonds ou les ressources d’une personne âgée: spoliation de biens ou du logement, procuration abusive, héritage anticipé, chantage, vol ou détournement de fonds. "Nous rencontrons parfois des situations de captation d’héritage musclée, une utilisation frauduleuse de carte bancaire ou de manière plus insidieuse, faire des courses pour soi-même en même temps que pour l’aîné sans l’en informer", témoigne le directeur de Respect Senior.

Les négligences: elles touchent en premier lieu les personnes qui présentent un état de santé plus fragile. Il peut s’agir de priver la personne de nourriture, de médicaments, de soins corporels élémentaires ou simplement ne pas répondre à une sonnerie ou à certaines demandes.

La maltraitance civique se définit par une utilisation frauduleuse de la signature, empêcher la personne de voter, ne pas respecter le consentement ou prendre des décisions à leur place.

Il est à noter que ces différentes formes sont rarement présentes de manière isolée. Le plus souvent, elles sont associées les unes aux autres et se retrouvent "en cascade" dans une même situation. La personne âgée va par exemple se faire bousculer, insulter ou harceler en vue d’obtenir de l’argent.

Le domicile n’est pas le lieu le plus sûr

Trois fois sur quatre, la maltraitance intervient au domicile de l’aîné. L’isolement est un facteur de risque et de vulnérabilité. Dimitri Haikin, psychologue, estime qu’au plus la personne est "âgée, en mauvaise santé, fragilisée psychologiquement et isolée, au plus le risque de maltraitance augmente". Toutefois, le lieu de résidence n’est pas forcément un indicateur quant à "l’auteur désigné". Ainsi, ce n’est pas parce que l’aîné réside en institution que la maltraitance est nécessairement commise par un professionnel et inversement. Les statistiques de Respect Seniors révèlent que 66% des maltraitances sont imputables à un membre de la famille. Dans 4 cas sur 10, il s’agit de l’enfant de la victime. Récemment, les mesures de "contention" pratiquées dans les homes et les maisons de repos, ont fait l’objet d’une circulaire éditée par le ministre de l’action sociale, Rachid Madrane (PS). Cette circulaire vise à encadrer et à limiter les pratiques qui consistent à attacher une personne à son lit ou à lui imposer une médication lourde et abrutissante. "Pour éviter qu’une personne ne chute, on va l’empêcher de se mobiliser, la laisser dans un fauteuil trop longtemps. Il faut rester vigilant pour que ce type de disposition ne soit pas mis en place uniquement pour répondre au confort du soignant. Il faut attirer l’attention sur le bien-être et le respect de la personne âgée en toute circonstance", explique Dominique Langhendries.

Quelles conséquences?

Pour les aînés, les conséquences des différentes formes de maltraitance peuvent être particulièrement sévères. L’état de santé général peut rapidement se dégrader avec des plaies ou des fractures qui prennent beaucoup plus longtemps à guérir. Mais ici encore, ce sont les conséquences psychologiques qui sont le plus difficile à estimer et à traiter. Le sentiment d’abandon de son entourage entraîne l’isolement et le repli sur soi. Le désarroi, la peur et la solitude peuvent rapidement mener à la dépression et même au suicide. Enfin, la culpabilité et la honte poussent ces personnes à ne pas oser en parler et donc à subir pareille situation pendant de longues années. Ce silence s’explique également par la proximité et la relation de confiance que la victime entretient avec l’auteur des maltraitances. Dans 68% des cas, les auteurs sont des membres de la famille, essentiellement les enfants. Viennent ensuite les professionnels qui travaillent soit en maison de repos ou dans une institution hospitalière (médecins, personnel soignant et professionnels sociaux tels qu’éducateurs, aide familiale ou sanitaire). "C’est toute la différence avec, par exemple, un vol de sac à main en rue, qui relève de la violence mais qui n’est pas de la maltraitance. Avec la maltraitance, on est dans une relation de confiance qui peut altérer de façon physique, psychologique ou moralement la personne aînée", précise Dominique Langhendries. Le directeur de Respect Senior insiste: "quand on observe ou qu’on subit une situation de maltraitance, il faut pouvoir en parler. On peut évidemment se tourner vers la famille ou vers des professionnels pour en discuter. Mais des associations telles que Respect Senior peuvent aussi être contactées pour accompagner de façon psychosociale ces situations de maltraitance". L’association n’a toutefois pas de pouvoir judiciaire. Lorsqu’elle est informée d’une situation plus critique ou urgente, elle invite l’aîné à porter plainte et peut l’accompagner dans ses démarches. Lorsqu’un appel provient de l’entourage, l’aîné est contacté directement pour connaître son ressenti. Le dialogue avec la personne âgée, son entourage familial et le personnel soignant permet heureusement de résoudre bon nombre de situations douloureuses et de redonner à nos aînés la confiance, l’autonomie et le respect qu’ils sont en droit d’attendre.

 

Manu Van Lier

 

Catégorie : L'actu

Dans la même catégorie