Un chrétien, un musulman, un juif, un agnostique et un athée ont passé 10 mois ensemble à parcourir le monde à la recherche d'initiatives interreligieuses. Il sont venus raconter leur aventure à Bruxelles à l'occasion d'une soirée riche et enthousiasmante.
Faire un tour du monde, cela fait toujours rêver. Faire un tour du monde à cinq amis avec comme fil conducteur la collecte d'un maximum d'initiatives interreligieuses, cela donne du sens. Alors c'est sûr, ils ont fait des envieux ces jeunes globe-trotteurs français venus raconter, hier soir à Bruxelles, ce tour du monde si original.
Revenus en avril dernier après 10 mois de périples sur les cinq continents, ces jeunes étudiants de 21 ans sont cette fois repartis sur les routes de France et de Belgique pour une restitution de cet "Interfaith Tour". Quatre-vingt dates sont déjà inscrites dans leur agenda.
Bruxelles était leur 22e étape et, organisée avec El Kalima, c'est devant une salle pleine à craquer du Collège Saint-Michel que Samuel Grzybowski, Josselin Rieth, Victor Grezes, et Ismaël Medjdoub (il ne manquait qu'Ilan Scialom) ont entamé leur présentation. Parfaitement à l'aise et dotés d'une incroyable maîtrise de la prise de parole en public, ils ont très rapidement conquis leur auditoire.
Après le lancement de la "bande annonce" de leur expérience, c'est Samuel, président-fondateur de l'association française Coexister, qui a fait la genèse de ce tour du monde. "Depuis 5 ans, Coexister explore toutes les facettes de l'interreligieux qu'on limite trop souvent au dialogue. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi la solidarité interreligieuse, avec des actions fortes comme par exemple l'organisation de collecte de sang. Il faut aussi la sensibilisation interreligieuse via de la pédagogie dans les établissements scolaires et dans les cités, ainsi que de la formation de leaders interreligieux. Et puis il y a les voyages…" Coexister a d'abord organisé des séminaires un peu partout dans le monde avant de songer à ce tour de la planète à la recherche de personnes ou de groupes qui créent de telles démarches interreligieuses. "Et nous avons recensé 435 initiatives de ce genre", relève Samuel, de confession chrétienne.
435 initiatives recensées
Un florilège de ces initiatives a ensuite été rapidement évoqué, faisant ainsi voyager le public du Burkina Faso aux Etats Unis, en passant par la Bosnie-Herzégovine, l'Inde, la Malaisie, le Vatican où les garçons ont été reçus par le pape… Parmi les projets mis en valeur, certains sont transposables chez nous comme par exemple "La Nuit de l'Interreligieux" organisée à Berlin et durant laquelle les portes de certaines associations et de certains bâtiments religieux sont ouvertes toute la nuit. "Si vous désirez lancer l'idée à Bruxelles on est prêts à le faire avec vous!", avise Victor …
Autre découverte qui a marqué ces jeunes: la fête de l'Annonciation (25 mars) qui est célébrée au Liban de manière commune par les chrétiens et les musulmans. Fête officielle du calendrier libanais, cette journée est fériée.
"L'interreligieux, c'est un outil au service du vivre ensemble. Ce n'est pas une fin en soi", explique Victor, qui est athée. Et d'autres exemples sont venus étayer cette démarche, comme "Cricket for peace", un tournoi lancé par le chef de la police de Bombay à la suite d'émeutes sanglantes entre musulmans et hindous, qui mêle autour du sport-roi de l'Inde des croyants de ces deux communautés "rivales" et des agents de police. Ou bien encore l'initiative interreligieuse prise en Malaisie pour autoriser les chrétiens à écrire le mot Allah (qui signifie Dieu en malais).
Toutes ces initiatives peuvent être retrouvées via www.interfaithtour.com, le site dédié à ce tour du monde, qui a été alimenté au jour le jour durant le périple. Grâce aux réseaux sociaux, celles-ci sont désormais connectées les unes aux autres. Il reste maintenant à faire fructifier encore davantage ce travail de collecte. Des universités se sont montrées très intéressées par cette masse d'informations. Mais les jeunes garçons ont également d'autres projets: une cartographie de la paix, des documentaires, un livre qui relaterait les 100 actions interreligieuses qui les ont les plus marqués.
Coexister en Belgique
Lors de l'échange avec la salle, les questions n'ont pas manqué d'affluer avec des interrogations le plus souvent pertinentes. Certains ont évidemment posé la question de savoir en quoi un agnostique et un athée pouvait se sentir impliqués par une démarche interreligieuse. D'autres se sont intéressés au vécu à l'intérieur du groupe, à la façon de s'ouvrir vers les autres, à l'insécurité qu'ont pu ressentir les jeunes étudiants à certains endroits de la planète - "C'est vrai, on a parfois eu peur", ont-ils répondu - ou bien encore à la dimension intérieure d'un tel voyage.
Projet-pilote, cet Interfaith Tour fera-t-il des émules en Belgique? On n'en doute pas. Un groupe Coexister est d'ailleurs probablement né à Bruxelles au bout de cette enthousiasmante soirée. Une soirée traversée par l'intelligence et l'humour de ces jeunes "partis comme des amis et revenus comme des frères".
Pierre GRANIER

