Ce 3 avril, la canonisation du bienheureux, José de Anchieta, a été un événement que l’Eglise du Brésil a, depuis longtemps, ardemment désiré.
Ses obsèques ont été célébrées en 1597, mais les multiples qualités de José de Anchieta restent profondément actuelles et inspiratrices pour les générations futures, car il a passé quarante quatre années de sa vie en parcourant une grande partie des territoires du Brésil et en apportant la Bonne Nouvelle aux populations indigènes.
L'histoire de José de Anchieta
José de Anchieta est né à Tenerife (Espagne) en 1534. Jeune, il a été envoyé étudier à l’Université de Coimbra (Portugal). Sa vocation à la vie religieuse est née dans un climat d’idées et de libertés de mœurs qui n’était guère propice à son éclosion, mais elle fut peut-être stimulée par l’exemple de quelques compagnons jésuites qui ont marqué l’Université. De fait, les lettres de François-Xavier impressionnaient alors la jeunesse universitaire de toute l’Europe.
Admis au noviciat de la Compagnie dans la Province du Portugal en 1551, il contracta rapidement une forme grave de tuberculose, qui, à 17 ans, le laissa avec une courbure visible des épaules. Désespéré à l’idée d’être considéré comme inutile pour l’apostolat, il fut soulagé quand il pu prendre part à la troisième expédition des jésuites à destination du Brésil en 1553.
Amour, prière, humilité et service
Malgré les infirmités physiques qui affectaient visiblement Anchieta, son provincialat est cependant considéré comme l’un des plus dynamiques et fructueux de son temps.
Pendant les quarante quatre années de sa vie au Brésil, quarante au moins furent marquées par une mobilité incessante qui ne l’empêcha pas de donner des cours de latin et de se livrer à une étude plus approfondie de la langue tupi, tout en le laissant vivre une grande activité missionnaire et catéchétique. Nommé Provincial en 1577, il visita maisons et communautés, ce qu’il continua à faire comme Supérieur: père des pauvres, thaumaturge pour les malades et ceux qui souffrent, conseiller de ceux qui gouvernent, mais avant tout, ami et défenseur des Indiens dans leurs villages.
C’est seulement en 1595, deux ans avant sa mort, qu'il participa à la défense du territoire d’Espiritu Santo contre les incursions des Indiens goitacazes. Sa dernière affectation fut au village de Reritiba. Là, il commença à écrire une "Histoire de la Compagnie de Jésus au Brésil", œuvre précieuse, aujourd’hui perdue.
Ce ne fut certainement pas un esprit d’aventure qui l’a animé dans cette vie itinérante, mais un esprit de disponibilité pour la mission, de liberté spirituelle et de promptitude à rechercher et à trouver la volonté de Dieu. "Puisque je ne mérite pas d’être martyr d’une autre façon", écrit-il lui-même, "qu’au moins, la mort me cueille affaibli au milieu de ces montagnes et que là je donne ma vie pour mes frères."
Au centre, son amour pour les Indiens
Il composa en tupi les "Dialogues de la foi", grand catéchisme pour enseigner aux Indiens la doctrine chrétienne; il adapta également des livrets pour préparer au baptême et à la confession et il termina la grammaire du tupi, langue la plus largement utilisée sur les côtes du Brésil.
Toujours instrument de réconciliation, il s’impliqua profondément dans le dialogue avec les Indiens tamoyos, à tel point qu’il fut pris en otage et vécut parmi eux pendant les cinq mois de son enlèvement. Le retour de la paix vit sa remise en liberté.
La musique folklorique populaire, adaptée pour devenir musique religieuse, lui servit pour les représentations théâtrales religieuses en portugais et en tupi. Son activité pour enrichir le ministère pastoral et catéchétique auprès des Indiens a été incessante, avec des représentations théâtrales festives. Il considérait essentiel de se rapprocher de la psychologie indigène.
L’attention à la diversité ethnique et la pluralité religieuse, culturelle et sociale; le développement continu d’une liberté créatrice et d’une capacité à allier improvisation et responsabilité; la recherche constante de modes d’expression inculturée pour manifester l’expérience chrétienne et évangélisatrice fait de l'Apôtre du Brésil un exemple pour le monde.
Extraits de la lettre écrite par le Supérieur Général des jésuites à la Compagnie de Jésus lors de la canonisation de José de Anchieta.

