Dans une carte blanche publiée dans La Libre Belgique, 38 pédiatres ont exprimé leur regret à la suite de l’adoption en commission à la chambre de l’extension de l’euthanasie aux mineurs.
"Est-il souhaitable d’étendre la loi sur l’euthanasie aux mineurs d’âge si un grand nombre de soignants expérimentés, qui, jour après jour, prennent soin d’enfants gravement malades et sont capables de soulager leur douleur, n’y voient aucune plus-value?" C’est sur cette question qu’a porté la lettre ouverte, signée par 38 pédiatres, contre le projet de loi sur l’extension de l’euthanasie, adopté mardi en commission à la Chambre.
Cet appel est une demande de sursis pour cette proposition de loi qui risque d’être votée trop rapidement en séance plénière à la chambre. Les médecins cosignataires, dont l’expérience sur le terrain n’est plus à faire, ont tenu à exprimer leurs points de vue pour engager tout lecteur à entamer une profonde réflexion sur la vie.
Selon les médecins, aucune réelle demande ne justifie que la loi sur l’euthanasie soit étendue aux mineurs d’âge. La plupart des équipes médicales, qu’elles interviennent en milieu hospitalier ou à domicile, n’ont jamais rencontré une demande spontanée et volontaire d’euthanasie de la part de leurs patients mineurs en phase terminale. Selon une enquête réalisée dans 19 pays, la majorité des pédiatres estiment qu’avec les moyens d’aujourd’hui, les soins palliatifs prodigués aux patients mettent un terme à toute remise en question sur la mort provoquée. Toutefois, un nombre restreint de pédiatres pensent que les soins palliatifs sont limités face à certaines situations exceptionnelles.
Dans leur appel, les pédiatres jugent que les moyens disponibles en Belgique sont suffisamment à la hauteur pour apaiser la souffrance des patients. Nous serions bien mieux équipé et apte à contrôler la souffrance que dans beaucoup d’autres pays.
Les médecins déplorent la rapidité de l’examen de l’extension de l’euthanasie au Sénat comme à la Chambre et l’absence de nouvelles auditions d’experts sur le sujet. Une précipitation politique qui pourrait insinuer que la situation est dramatique dans notre pays. "Nous opposons un démenti formel à cette fausse impression", ont écrit les pédiatres.
La proposition de loi exige l’accord des parents comme "verrou de sécurité" qui interviendrait après que l’enfant ait exprimé lui-même la demande d’être euthanasié. Or dans la pratique, les choses se passent bien différemment. Les parents, qu’ils en soient conscients ou non, peuvent suggérer l’idée à leurs enfants, espérant de tout cœur que la souffrance de celui-ci ne dure pas trop longtemps... "Il n’est pas incongru de penser qu’un enfant doué d’une sensibilité particulière perçoive l’option de l’euthanasie comme une solution ou un devoir, surtout s’il ressent que ses parents ne supportent plus de le voir souffrir."
Les pédiatres reviennent également sur la capacité de discernement du patient mineur comme condition de recevabilité de la demande d’euthanasie. Ils rappellent qu’aucune méthode objective ne permet d’apprécier si l’enfant concerné est doué de cette capacité. D’ailleurs, qui sommes-nous pour la juger?
ST (avec La Libre Belgique)

