Des voix chrétiennes s’élèvent contre une intervention en Syrie


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Des voix chrétiennes s’élèvent contre une intervention en Syrie
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Syrie flightLa guerre en Syrie va sans doute prendre une nouvelle dimension dans les jours prochains. Plusieurs pays occidentaux, dont les Etats-Unis et la France, sont déterminés à frapper militairement le régime de Bachar al-Assad, qu'ils accusent d'avoir employé des armes chimiques le 21 août dernier dans la banlieue de Damas. Si touteintervention militaire est clairement condamnée par les alliés de la Syrie, que sont la Chine, la Russie et l'Iran, elle est également loin de faire l'unanimité parmi les représentants des Eglises chrétiennes d'Orient et d'ailleurs. Petit tour d'horizon.

"Un acte criminel"

Après les propos du pape François le 25 août dernier sur le sort alarmant de la Syrie, de plus en plus de voix s'élèvent dans les Eglises d'Orient et d'ailleurs contre une intervention militaire dans ce pays. Ainsi, le patriarche grec-catholique melkite d'Antioche, Grégoire III Laham, qualifie cette attaque planifiée par les Etats-Unis d'"acte criminel qui va seulement causer plus de victimes, en plus des milliers de vies qui ont déjà été perdues en deux années de guerre". Il estime également que cela "détruira la confiance du monde arabe envers le monde occidental".

Mgr Louis Sako

Mgr Louis Sako

"Cela équivaudrait à faire exploser un volcan"

Une inquiétude que partage le patriarche de Babylone des chaldéens (catholique), Mgr Louis Raphaël Sako. "L'intervention militaire contre la Syrie serait un malheur. (…) Cela équivaudrait à faire exploser un volcan. L’explosion serait destinée à emporter l’Irak, le Liban, la Palestine, et peut-être quelqu’un recherche-t-il justement cela!", a-t-il déclaré dans une interview accordée à l'agence d'information vaticane Fides. Le patriarche irakien est bien placé pour rappeler que, "dix ans après l’intervention de la coalition qui abattit Saddam Hussein, l’Irak est encore martyrisé par les bombes, l’insécurité, l’instabilité et la crise économique". Selon lui, le cas de la Syrie, est encore plus compliqué que celui de l’Irak. "L’opposition à Assad est divisée, les différents groupes se combattent entre eux. Les milices djihadistes se multiplient… Quel serait le destin de ce pays après une telle intervention?", s'interroge-t-il.

"Refuser toute forme de violence"

Les moines et moniales de Deir Mar Moussa – monastère refondé au nord de Damas par le jésuite Paolo Dall’Oglio, enlevé mi-juillet par des islamistes – se sont également élevés contre une intervention militaire. Pour eux, la seule position juste face à cette terrible crise syrienne est de "refuser toute forme de violence", de "faire taire les armes", de "ne pas dresser les uns contre les autres", de "défendre et protéger les droits humains". Evêque chaldéen d'Alep (Syrie), Mgr Antoine Audo rappelle, pour sa part, que "les Syriens attendent une force internationale qui aide à dialoguer et non pas à faire la guerre."

Le patriarche Fouad Twal

Le patriarche Fouad Twal

"Qui les a nommés policiers de la démocratie au Moyen-Orient ?"

Le patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, est plus sévère encore à l'égard de l'Occident. "Nos amis de l’Occident et les Etats-Unis n’ont pas été attaqués par la Syrie. Avec quelle légitimité osent-ils attaquer un pays? Qui les a nommés comme policiers de la démocratie au Moyen-Orient? (…) Qui a pensé aux conséquences d’une telle guerre pour la Syrie et ses pays voisins? A-t-on besoin d’élever le nombre de morts à plus de 100.000? Il faut entendre toutes ces âmes qui vivent en Syrie et qui crient leur douleur qui dure depuis deux ans et demi. A-t-on pensé aux mamans, aux enfants, aux innocents? Et les pays qui attaqueraient la Syrie ont-ils envisagé que leurs citoyens dans le monde entier, que leurs ambassades et consulats puissent être la cible d’attaques et d’attentats en représailles?"

"Il n'y a pas de bonnes réponses à la crise en Syrie"

Du côté des hommes d’Église européens aussi, les prises de position se multiplient. L’archevêque de Cantorbéry, Justin Welby, a notamment rappelé dans le quotidien "The Daily Telegraph", qu'"il existe de nombreuses étapes intermédiaires entre ne rien faire et vouloir un changement total de régime", qu'"il n’y a pas de bonnes réponses à la crise en Syrie et qu’il n’y a tout simplement pas de solution simple".

Hilarion de Volokolamsk

Hilarion de Volokolamsk

"Les Etats-Unis se comportent comme des justiciers internationaux"

De même, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, a sévèrement critiqué la position des États-Unis qui, "de manière absolument unilatérale, sans aucun aval des Nations unies, veulent décider eux-mêmes du destin d’un pays qui compte des millions d’habitants". "Comme dans le cas de l’Irak, les États-Unis se comportent comme des justiciers internationaux", a-t-il déclaré à Asia News à Rome, estimant que "d’autres victimes seront ainsi sacrifiées sur l’autel d’une démocratie imaginaire".

"Une intervention humanitaire et non militaire"

Quant à l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, il a estimé que la crise syrienne devait se résoudre par une "intervention humanitaire, non par une intervention militaire". Estimant que les inspecteurs des Nations unies avaient besoin de plus de temps pour établir la réalité de l’utilisation d’armes chimiques, le prix Nobel de la paix a ajouté : "Nous devons parler, éviter un nouveau carnage, ne pas nous battre."

Pascal ANDRE (avec "La Vie" et "La Croix")

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