Bien que révulsés par les images de l'attaque chimique présumée du 21 août près de Damas, les parlementaires de la plupart des Etats membres de l'Union européenne refusent de signer un chèque en blanc aux dirigeants américain et français pour lancer des frappes punitives contre le régime de Bachar al-Assad.
Le président américain Barack Obama pourrait agir seul. Le Premier ministre britannique n'a effectivement pas réussi à convaincre le Parlement de voter sa motion sur une intervention militaire contre la Syrie. L'opposition travailliste reproche à David Cameron de vouloir lancer une opération sans donner assez de preuves sur la responsabilité de l'armée syrienne dans l'attaque du 21 août. "La preuve doit précéder la décision, et pas l'inverse", a notamment déclaré le leader travailliste Ed Milliband. Un avis largement partagé par l'opinion publique britannique, puisque, selon un sondage YouGov/The Times publié jeudi 29 août, seuls 22% des Britanniques étaient favorables à une intervention. Il est vrai que l'échec retentissant en Irak (2003) est encore dans tous les esprits.
La France "prête à punir"
Seul le président français, François Hollande, n'exclut pas d'intervenir en Syrie, aux côtés des Américains, et cela même sans la participation de l'allié britannique. "Le massacre chimique de Damas ne peut ni ne doit rester impuni. Sinon ce serait prendre le risque d'une escalade qui banaliserait l'usage de ces armes et menacerait d'autres pays", a-t-il déclaré dans une interview au quotidien "Le Monde", ce vendredi 30 août. "Je ne suis pas favorable à une intervention internationale qui viserait à 'libérer' la Syrie ou à renverser le dictateur. Mais j'estime qu'un coup d'arrêt doit être porté à un régime qui commet l'irréparable sur sa population."
L'opinion publique, elle, reste partagée. Deux sondages sur l'éventualité d'une intervention militaire sous l'égide de l'ONU ont donné respectivement mercredi 55% et 45% d'opinions favorables, contre 45% et 40%. Le Parlement a été convoqué mercredi 4 septembre pour une session extraordinaire, où il sera exclusivement question de la Syrie.
Une opération limitée
Barack Obama, de son côté, a déclaré, jeudi 29 août, qu'il se réservait le droit d’agir unilatéralement contre le régime syrien, sans attendre l'ONU ou ses alliés comme la Grande-Bretagne et la France. Selon la presse américaine, le président des Etats-Unis réfléchirait à une frappe limitée, qui ne durerait probablement pas plus de deux jours selon le "Washington Post", le "New York Times" parlant également d'une possible opération limitée, avec des tirs de missiles de croisière depuis des bâtiments américains en Méditerranée. Ces attaques viseraient à envoyer un message au régime, et non à anéantir ses capacités militaires ou à donner un avantage décisif à la rébellion lancée il y a plus de deux ans, affirment les experts.
Bien que le Congrès américain n'entend pas dépendre des conclusions des Nations unies pour prendre une décision, démocrates et républicains somment le président Obama de décrire son plan pour éviter l'embourbement. "Quels résultats l'administration cherche-t-elle à obtenir ? ", a demandé dans une lettre sévère John Boehner, président républicain de la Chambre des représentants, en soulignant qu'une intervention militaire constituait "un moyen et non une politique".
L'Iran et la Russie invitent à la prudence
Principal allié de la Syrie, Moscou a de nouveau appelé la communauté internationale à la "prudence". "Les tentatives visant à contourner le Conseil de sécurité, créer une fois de plus des prétextes artificiels et infondés pour une intervention militaire dans la région (...) auront des conséquences catastrophiques pour les autres pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord", a averti le ministère russe des Affaires étrangères.
Autre allié de Damas, l'Iran a prévenu des "lourdes conséquences" qu'aurait une intervention militaire étrangère. L'Arabie saoudite, appui de poids des rebelles, a en revanche appelé à une action "ferme et sérieuse" contre le régime, alors que la Ligue arabe a accusé Damas d'avoir mené l'attaque présumée à l'arme chimique.
Une opinion publique européenne peu va-t-en guerre
Là où des sondages ont été réalisés en Europe, ils révèlent une opinion peu va-t-en-guerre. Les Allemands, traditionnellement réticents à déployer leurs soldats, étaient 58% à s'opposer à des frappes en Syrie, contre 33%, selon un sondage Politbarometer/ZDF. En Italie, le sujet ne fait même pas débat: gauche et droite refusent de participer à une intervention sans l'aval de l'ONU. En Espagne, où des millions de personnes avaient manifesté en 2003 contre la guerre d'Irak, où des soldats espagnols avaient été déployés, la prudence domine et le gouvernement s'en remet aux Nations unies, tout comme en Autriche.
La Belgique, enfin, n'est "pas encore convaincue" du bien-fondé d'une intervention militaire en Syrie et demande "que les pays affirmant avoir des preuves d'armes chimiques par le régime de Damas partagent leurs informations", a déclaré Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, mercredi 28 août.
Pascal ANDRE
