Un vrai tournant


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Un vrai tournant
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
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Editorial de Jean-Jacques Durré, publié dans "Dimanche Express" n°12 du 31 mars 2013 :

A-t-on réellement pris la mesure de la situation que nous venons de vivre au sein de l’Eglise ? On a beaucoup utilisé le mot "historique" pour qualifier d’abord la renonciation de Benoît XVI à sa charge pontificale, ensuite lors de l’élection du pape François, à propos de son origine, mais aussi sur le fait que deux souverains pontifes, l’un émérite et l’autre en fonction, cohabitent. Et si le fait "historique" n’était pas à ce niveau?

J’avoue en avoir pris conscience ce week-end, lors de cette rencontre entre Benoit XVI et le pape François à Castel Gandolfo. Le vrai moment historique, c’est là qu’il s’est déroulé.

Cette image d’abord, des deux souverains pontifes, priant humblement ensemble, agenouillés côte à côte face à l’autel. Une image simple et d’une grande beauté, mais dont s’est dégagée une force: "oui, l’Esprit est à l’œuvre!"

Cette rencontre marque sans aucun doute le vrai tournant de l’Eglise moderne. C’est la première fois que le chef de l’Eglise catholique en fonction a pu avoir un échange avec son prédécesseur. Il ne faut pas minimiser cet événement. Le pape François a pu apprendre de la bouche même de son prédécesseur ce que ce dernier a vécu durant près de huit années de pontificat. Que se sont-ils dit? Cela ne regarde qu’eux. Mais on peut imaginer que le pape émérite a pu dresser un tableau complet des grands défis qu’il a voulu relever, des chantiers mis en route, sans pouvoir les faire aboutir, des dossiers difficiles qu’il a eus à gérer, des trahisons qu’il a rencontrées comme des soutiens sur lesquels il a pu s’appuyer. Pour le pape François, cet "état des lieux" que lui a probablement livré Benoît XVI, est une bénédiction. Un atout considérable à l’aube d’un nouveau pontificat qui ne s’annonce pas facile au regard de la situation du monde, de l’Eglise elle-même, ou des grands débats de société dans bien des domaines. Débats où il faut que l’Eglise fasse entendre sa voix, comme d’autres composantes de la société, n’en déplaise aux esprits chagrins. Mais cette Eglise a davantage que des prises des positions à faire connaître : elle a une Bonne Nouvelle à annoncer, encore et toujours. Cela doit motiver les croyants. Il n’est donc pas étonnant que le pape François ait utilisé à de nombreuses reprises depuis son élection le mot "Espérance".


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