Brand Pitre nous fait (re)découvrir les racines juives de l’eucharistie


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Brand Pitre nous fait (re)découvrir les racines juives de l’eucharistie
Par Daniel BASTIÉ
Publié le
2 min

Pour suivre pas à pas Jésus de Nazareth et remettre dans le contexte de l’époque ses paroles autant que ses gestes, l’idée directrice de cet ouvrage invite tout un chacun à replonger dans la société juive d’il y a deux millénaires.

L’exercice peut paraître difficile, alors qu’il n’en est rien. Que s’est-il passé lors de la Cène et de quelle manière le Christ a-t-il institué l’Eucharistie? Pour en saisir les fondements, la chose implique de revenir au judaïsme du premier siècle. Selon Brant Pitre (photo), auteur de cette étude, la tradition chrétienne a parfois interprété ce moment en l’isolant de sa matrice baignée dans l’Ancien Testament. Or, replacé dans la foi et l’espérance d’Israël, il prend une signification nouvelle et beaucoup plus intéressante. Le texte explore la fête de Pessa’h, la Pâque juive et la commémoration de la libération des Hébreux lors de l’Exode. Dans le milieu sémite, ce repas rituel ne relève pas seulement d’un souvenir du passé, mais repose également sur une attente. En l’occurrence, celle d’une nouvelle délivrance, liée à la venue du Messie et à la fin de la mainmise de Rome sur le Proche-Orient. En ce sens, la Pâque constitue un cadre théologique essentiel pour comprendre le dernier repas de Jésus avec ses disciples. Les chapitres décryptent les récits de la Cène dans les évangiles, notamment ceux des évangélistes Matthieu, Marc et Luc, ainsi que l’enseignement de Paul de Tarse dans ses épîtres.

Une formule étonnante

Chaque témoignage se cristallise autour d’une formule alors étonnante, selon laquelle Jésus identifie le pain et le vin à son propre corps et à son propre sang. Pour le lecteur moderne, ces paroles peuvent paraître évidentes. Néanmoins, dans le contexte du judaïsme ancien, elles prennent un relief particulier. L’un des mérites de cet essai consiste à montrer que chaque mot s’inscrit dans un ensemble de traditions précises et que, dans cette perspective, l’Eucharistie apparaît comme l’accomplissement d’une histoire religieuse longue et complexe. 

N’en déplaise à certains, le christianisme ne naît pas d’une rupture totale avec le judaïsme et apparaît plutôt sous la forme d’une transformation interne, autant que d’une relecture de ses symboles fondateurs. Au XXIe siècle, il apparaît impossible de s’attacher au visage de Jésus sans le relier à ses propres origines. Sans la Cène et le Golgotha, nous ne serions pas réunis chaque semaine pour acclamer la Bonne Nouvelle… 

Daniel BASTIÉ

Brant Pitre, Jésus et les racines juives de l’eucharistie. Ed. Desclée de Brouwer – 324 pages -2026

Catégorie : Culture

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