Que penser de l’introduction en Bourse de SpaceX, la société d’Elon Musk? Jacques Galloy voit deux réserves…


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Que penser de l’introduction en Bourse de SpaceX, la société d’Elon Musk? Jacques Galloy voit deux réserves…
Vol d'essai du Falcon Heavy de SpaceX - CC BY-NC 2.0 Official SpaceX Photos
Par Jacques Galloy
Publié le
5 min

L'entrée en bourse de SpaceX ce 11 juin 2026 sur le Nasdaq est l'IPO la plus grande de l'histoire. Jacques Galloy la décrypte et pointe deux réserves que les chiffres, seuls, ne disent pas.

Ce 11 juin, SpaceX fait officiellement son entrée au Nasdaq sous le ticker SPCX. La société fondée par Elon Musk lève 75 milliards de dollars contre 4 % du capital pour une valorisation d'environ 1.750 milliards, soit plus de deux fois et demie le précédent record mondial détenu par Saudi Aramco depuis 2019. L'opération propulse Musk au rang de premier "trillionnaire" de l'histoire avec 42 % du capital restant et 82 % des droits de vote. Jacques Galloy est ingénieur commercial, ancien directeur financier d'une société cotée et investisseur en technologie, il est aussi l'une des figures de l'engagement catholique dans les médias belges. Il analyse cette entrée en Bourse.

Ceci fait de ce père d’au moins 14 enfants (de 4 femmes) le premier trillionnaire de l’histoire. Si son positionnement politique ultra libertarien et transhumaniste est très questionnable, j’y reviendrai, reconnaissons son génie créateur d’ingénieur.

Les 75 milliards USD levés par SpaceX seront affectés au développement de l’infrastructure de calcul IA (notamment avec la techno Nvidia mais aussi avec Terafab, leur propre usine de fabrication de chips), à l’amélioration des capacités de lancement et à l’expansion de la constellation satellitaire actuelle de 10.000 satellites, soit plus de 40 milliards d’investissements sur 12 mois. La levée couvrira donc 2 années d’investissements. Musk espère que la rentabilité intrinsèque de SpaceX suffira pour autofinancer son développement dès 2028. Rendez-vous mi 2027.

La valorisation est orbitale, même stratosphérique. Elle représente 60x les ventes 2026 (29 bn$) et 40x celles de 2027 (45 bn$). Elle représente 180x EBITDA 2026 (10 bn$) et 100x EBITDA 2027 (18 bn$). Ce sont des multiples 6 à 8 fois supérieurs à ceux des champions numériques Google, Microsoft, Meta et Apple : 10x Ventes moyennes et 22x EV/EBITDA moyen, ce qui est déjà fameux. La moyenne de la bourse mondiale tourne environ à 10x EBITDA. De son côté, NVIDIA, la plus grosse capitalisation mondiale de 5 trillions de dollars, affiche 22x Ventes et 40x EBITDA. L’autre société de Musk: Tesla : 15x Ventes et 125x EBITDA.

Bref, nous sommes clairement dans une bulle IA. C’est clair que le potentiel semble faramineux. C’est une nouvelle révolution du travail. C’est tellement évident que Open AI et Anthropic AI viennent de déposer une intention d’IPO à la SEC USA. Ces 2 champions espèrent être valorisés près de 0.8-1.0 trillion USD.

À une valorisation de 1,8 trillion de dollars, le marché n’achète pas SpaceX sur ses résultats 2026 ou 2027. Il valorise surtout l’avancée technologique phénoménale des fusées Starship, la domination du réseau de connectivité Starlink (et des téléphones portables y associés), les futurs centres de calcul IA orbitaux et la possibilité que les revenus atteignent plusieurs centaines de milliards de dollars dans les années 2030.
SpaceX se présente comme la seule entreprise au monde à intégrer verticalement trois activités complémentaires : l’espace, la connectivité et l’IA. Sur le segment spatial, la société réalise plus de 80 % de la masse mise en orbite mondiale depuis 2023, avec environ 650 lancements cumulés et un taux de réutilisation des propulseurs supérieur à 95 %. Sa fusée Starship V3, en phase de test (12 vols), vise une capacité de 100 tonnes par lancement. Le coût de mise sur orbite est 99% plus faible qu’un lanceur traditionnel. C’est révolutionnaire. Sur la connectivité, Starlink compte plus de 10,3 millions d’abonnés dans 164 pays, avec une croissance de 100 % en 2025. Sur l’IA, SpaceX opère le plus grand supercalculateur cohérent du monde (1 GW de puissance de calcul installée), développe le modèle Grok via l’acquisition de xAI en février 2026, et a signé un accord cloud avec Anthropic à 1,25 milliard de dollars par mois.
Financièrement, le chiffre d’affaires a progressé de 33 % en 2025 pour atteindre 18,7 milliards de dollars, avec un EBITDA ajusté de 6,6 milliards et une perte nette de 5 milliards. Les investissements ont bondi à 20,7 milliards de dollars de capex. La marge brute s’établit à 49 %, encore déficitaire en résultat net (–26 %), mais la société vise à terme une marge brute de 70 % et une marge nette de 45 %. Le marché adressable total est estimé à 28,5 trillions de dollars, dont 26,5 trillions pour l’IA seule.
Même si l’action est chère, le récit est tel que la demande est très forte. Il est extrêmement difficile pour des investisseurs européens d’acheter des actions à l’IPO. Ce sera un véritable test pour les actions tech et IA.
Pour notre petite Belgique, l’impact sur les médias traditionnels va s’amplifier. La norme devient l’info en temps réel, sur nos smartphones. Les big techs sont « gratuits » mais pompent de plus en plus de budgets publicitaires. Ceci met les médias belges en grandes difficultés et les force à se réinventer. Par ailleurs, nous sommes un des pays les plus câblés au monde (95%), ce qui rend les connections orbitales moins pertinentes. Cela va toutefois mettre encore un peu plus de pression sur les fournisseurs de services de données (Proximus, Orange, Telenet etc), qui ne pourront plus rester parmi les plus chers d’Europe, tant mieux.

Enfin, je me méfie de la meta pensée déclarée dans cette présentation et en particulier de l’avènement du « digital Human augmentation », cette pensée transhumaniste qui risque de rendre l’homme, en général, esclave de Ia machine. La question est anthropologique comme le pape Léon, mathématicien de formation, l’explique très clairement dans sa récente encyclique « Magnifica Humanitas ».

Comme le dit si bien Buzz l'Éclair dans Toy Story : « Vers l'infini et au-delà ! » mais quel infini est bon pour l’humanité ? Les big techs américaines se mènent une rude concurrence entre elles et craignent les tech chinoises. Ils roulent tous très vite. L’Europe est à la traîne. Ils sont américains et sont bien plus puissants et agiles que la plupart des états. La majorité de la population n’a sans doute pas conscience des enjeux.

Lorsque Musk a coupé l’accès à Starlink aux russes début 2026, il a donné un grand avantage aux ukrainiens. Je pense qu’il nous faut plus d’Europe, beaucoup moins de régulation paralysante et beaucoup plus d’agilité.

Attendons une petite correction de cours, pas rapidement je pense, pour acheter des actions SPCX lorsque cela sera possible en Europe.

Jacques GALLOY

Titre et chapo de la rédaction

Catégorie : Opinions

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