Les autorités libyennes ont arrêté ces dernières semaines une centaine de chrétiens pour "prosélytisme". La plupart des chrétiens interpellés sont des coptes égyptiens. Les minorités chrétiennes en Libye et en Egypte ont exprimé leur inquiétude.
La dernière rafle de chrétiens en Libye s’est déroulée dans le marché municipal de Benghazi. Une centaine d’Egyptiens, des coptes, y ont été arrêtés parce qu'ils auraient des "activités suspectes", selon un responsable local des services de sécurité.
Une vidéo circulant sur Internet montre des hommes à la tête rasée assis par terre dans une pièce minuscule, tandis qu’un homme barbu affirme qu’ils ont été arrêtés en raison d’activités de prosélytisme. Selon une autre source du Conseil local de Benghazi, ces hommes faisaient l’objet d’une enquête pour infraction à la loi sur l’immigration.
Les arrestations de chrétiens ont commencé en Libye le 4 février dernier. Quatre étrangers, un Egyptien, un Sud-africain, un Sud-coréen et un Suédois détenteur d’un passeport américain, ont été interpellés à Benghazi. Le 13 février, ce fut le tour de deux chrétiens égyptiens, puis le 16 février, encore une nouvelle arrestation…
Des quatre chrétiens arrêtés le 4 février 2013, on ne connaît que le nom de l’Egyptien Sharif Ramses. Ce dernier tenait à Benghazi une petite imprimerie et une librairie. La police libyenne affirme qu’elle a confisqué chez Ramses près de 45.000 Bibles. Un rapport égyptien indique que Ramses aurait été torturé par les policiers, qui voulaient lui arracher les noms "d’autres missionnaires chrétiens".
Selon l’avocat et militant des droits de l’homme libyen Bilal Bettamer, la Libye est un pays "entièrement musulman", dans lequel les chrétiens ne doivent pas essayer de propager leur foi. Le régime libyen a d’ailleurs conservé une loi de l’ère Kadhafi, qui taxe le prosélytisme de crime punissable de la peine de mort.
Craintes des minorités chrétiennes
Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la minorité chrétienne en Libye craint la montée de la mouvance islamiste extrémiste. Les arrestations de chrétiens surviennent après une série d’attaques antichrétiennes. L’église orthodoxe grecque Saint-Georges à Tripoli a été saccagée et pillée en 2011. L’année suivante, le cimetière de soldats du Commonwealth de la Seconde Guerre mondiale a été profané à Benghazi. Et fin 2012, un attentat contre l’église copte de Misrata s’est soldé par la mort de deux chrétiens égyptiens.
Après la Libye, des voix se sont également élevées en Egypte, d’autant plus que le gouvernement garde le silence sur les arrestations de chrétiens. L’association "Voice of the Copts" a demandé aux dirigeants occidentaux et aux organisations des droits humains à travers le monde d’intervenir pour s’assurer que les Egyptiens aient droit à une audience équitable. Pour ce faire, des avocats étrangers devraient être autorisés à rencontrer les prisonniers. "La Libye doit permettre que ses prisons soient inspectées pour vérifier si les prisonniers sont traités conformément à la Convention de Genève", rappelle "Voice of the Copts".
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