Opinion : Sur cette plage, ne fermons pas les yeux !


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Opinion : Sur cette plage, ne fermons pas les yeux !
Par Olivier VINCENT
Publié le - Modifié le
3 min

Récemment, Olivier Vincent, professeur de religion, a eu le regard attiré par des chaussures d’enfant sur une plage. En ce temps de Pâques, notre monde n’est-il pas invité à regarder en face ce qu’il préfère parfois ignorer?

Sur une plage du nord de la France, une petite paire de chaussures d’enfant repose, abandonnée. Elles sont là, légèrement enfoncées dans le sable, comme si elles attendaient encore les pas qui les animaient quelques heures plus tôt.

Ces chaussures ne sont pas simplement oubliées. Elles interrogent voire dérangent. Elles portent en elles une histoire que l’on devine sans vouloir pleinement la regarder: celle d’un enfant en exil, celle d’une famille contrainte de fuir, celle d’un espoir fragile, échoué quelque part entre deux rives.

Un symbole cruel

En cette période de Pâques, cette image prend une dimension particulière. Pâques, fête de la résurrection, de l’espérance renouvelée, de la vie plus forte que la mort. Dans les églises, on allume des cierges, on chante la lumière retrouvée, on célèbre l’amour qui sauve. Mais sur cette plage, ce sont d’autres réalités qui s’imposent. Une absence. Un silence. Peut-être une tragédie.

Que reste-t-il de notre capacité à voir, à ressentir ou à agir?

Ces petites chaussures deviennent alors un symbole cruel. Elles dénoncent, sans un mot, l’indifférence grandissante de nos sociétés. Elles posent une question simple mais vertigineuse: où est passée la charité dont nous nous réclamons si souvent, surtout en ces temps de fête religieuse?

On oublie l’essentiel

Car la charité ne se limite pas à des paroles ni à des rites. Elle se mesure dans notre capacité à reconnaître l’autre, surtout lorsqu’il est vulnérable. Elle se vit dans l’accueil, dans le regard, dans l’acte concret. Et trop souvent, face aux migrants, elle se heurte à la peur, au rejet ou pire, à l’habitude.

On détourne les yeux. On parle de chiffres, de flux, de politique, mais on oublie l’essentiel: les visages.

Pourtant, ces chaussures sont là pour nous rappeler que derrière chaque traversée, il y a une histoire humaine. Derrière chaque silence, il y a une voix qui n’a pas été entendue. Derrière chaque objet abandonné, il y a une présence qui manque.

Un sursaut, une invitation

Pâques devrait être un sursaut. Une invitation à sortir de nos conforts, de nos certitudes, pour aller à la rencontre de l’autre et ainsi reconnaître dans ces enfants perdus une part de notre propre humanité.

Car au fond, ces chaussures ne sont pas seulement celles d’un enfant inconnu. Elles sont le miroir de notre monde. Un monde capable du meilleur, mais trop souvent tenté par le pire: l’oubli.

Et peut-être que la véritable résurrection, aujourd’hui, ne serait pas seulement celle que l’on célèbre dans les églises, mais celle de notre conscience.

Olivier VINCENT

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