Roman : Lorsque la haine recouvre tout


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Roman : Lorsque la haine recouvre tout
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Avec Hors champ, Marie-Hélène Lafon signe un livre autour des mots et de leur absence. Un roman sur la fratrie aussi.

En 2020, Marie-Hélène Lafon avait obtenu le Prix Renaudot pour Histoire du fils. Dans ce livre abouti, elle rendait la lenteur qui prévaut dans les campagnes françaises. Cette fois encore, c’est dans le département du Cantal que se déroule l’histoire d’une famille. La mécanisation des tâches s’y est imposée, en seulement un demi-siècle qui a bousculé les habitudes du terroir et imposé une accélération du rythme de l’existence.

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A la ferme, on retrouve l’aînée, sage et studieuse, genre première de classe, destinée à faire des études et à embrasser une carrière universitaire. De l’autre côté, le second, le fils, celui à qui la ferme dans les environs d’Allanche est attribuée dès la naissance. Cancre, il redoute les colères du père, ses exigences incessantes. Le voilà avec un brevet agricole, sans l’avoir réellement choisi. Son aînée est consciente que "certains garçons, quand ils sont fils de paysans, ne choisissent pas, ne choisissent rien. Elle ne peut pas savoir si son frère aurait voulu autre chose, une autre vie, une vie de conducteur de camion, une vie de facteur, de guichetier au Crédit agricole, de garagiste, d’instituteur ou de vétérinaire, ou une vie de militaire." Et puis, au milieu du jeu de quilles entretenu par le père, il y a la mère, plutôt effacée ou absorbée par ses émissions de télévision et les mots croisés ou fléchés.

Une atmosphère irrespirable

Dix tableaux pour dire, en alternance, l’enlisement des relations, la pénurie des sentiments ou le manque d’habitude de les exprimer, quand une famille se trouve sous la coupe d’un homme "enragé à l’intérieur". Un homme embarrassé par la joie des autres, tant il est enfermé dans sa propre solitude. 

Voilà donc une famille où les repas se prennent sous l’œil impassible et le bruit de la télévision. Une famille dont les membres deviennent de plus en plus sauvages et féroces, anéantis par le travail quotidien. Une famille que Clara fuit, jusqu’à en devenir méfiante de ses propres souvenirs. Pour Gilles, la différence se marque en deux mots. Si son enfance repose sur le lien précieux avec sa sœur, leur jeunesse évoque plutôt le départ de celle-ci vers la ville. Restent alors leurs retrouvailles espacées et "leur rituel de peu de mots". Des moments à la ferme où Clara s’évade dans les tâches ménagères, repassant et balayant tout son saoul. "Elle s’accroche aux choses qui restent à leur place et ne font pas défaut." 

Une vie à la campagne, égayée par la fête patronale de la Saint-Roch, le premier dimanche qui suit le 15 août. Une vie où les mots "de la météo" tiennent lieu de nouvelles récurrentes, qui scandent le monde, même quand on ne le connaît pas. Une vie où l’on vieillit, sans trop savoir pourquoi ni comment.

Angélique TASIAUX

Marie-Hélène Lafon, Hors champ. Buchet Chastel, 2026, 176 pages.

Catégorie : Culture

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