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Beaucoup d’abus se sont produits dans le cadre de la confession: « Qu’un prêtre confesse à 22h, dans sa chambre, sans ornements, cela ne va pas! »


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Beaucoup d’abus se sont produits dans le cadre de la confession: « Qu’un prêtre confesse à 22h, dans sa chambre, sans ornements, cela ne va pas! »
"Il faut décorréler le sacrement de réconciliation de l’accompagnement spirituel", insiste Frédérique Poulet.© College des Bernardins
Par Vincent Delcorps
Publié le - Modifié le
6 min

Le sacrement de réconciliation ferait-il son grand retour? La théologienne française Frédérique Poulet nuance. Elle met aussi en garde et en appelle au strict respect du rituel prévu. Il faut dire que le drame des abus est passé par là…

Frédérique Poulet est professeure de dogmatique à la Faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins. Elle a piloté le groupe de travail "Confession et accompagnement spirituel" après la CIASE. 

Certains estiment que le sacrement de réconciliation ferait un retour en force auprès des jeunes. Est-ce aussi votre impression?

Oui, il y a un retour en force… mais seulement chez un certain type de jeunes. Il faut éviter de généraliser au départ d’une minorité. En France, par exemple, on observe ce phénomène au sein des diocèses plus identitaires, dans certains lieux qui valorisent des pratiques traditionnelles, ou chez les jeunes qui sont proches de communautés telles que l’Emmanuel ou le Chemin Neuf. Là, il y a effectivement une nouvelle pratique de ce sacrement. Reste que ce phénomène pose aussi des questions. Ainsi, je ne suis pas certaine que le sacrement se pratique toujours de la façon dont le rituel le propose…

Ah bon? Expliquez-nous…

Il y a souvent, chez ces jeunes notamment, une volonté de se mettre en lien avec Dieu, de se reconnaître pécheur, de nommer ses fautes, mais dans une recherche assez personnelle de Dieu, avec le désir de bien faire pour lui. Il y a aussi souvent une forme de culpabilisation. 

Le sacrement de réconciliation, ce n’est pas exactement cela…

Ce sacrement est d’abord le renouvellement du baptême. Il est là pour retrouver la grâce baptismale lorsqu’on s’est coupé de Dieu, de son frère et de l’Eglise. La matière du sacrement est constituée des péchés. Et il importe de donner sa place à la Parole de Dieu. C’est celle-ci qui permet de se rendre compte qu’on a manqué aux engagements de son baptême.

Par ailleurs, le sacrement de réconciliation se célèbre de façon courte et peut être vécu avec n’importe quel prêtre. De ce point de vue, justement, on observe un gros problème: le mélange entre ce sacrement et l’accompagnement spirituel. De nombreux jeunes sont en attente de conseils pour mener leur vie, d’aide pour poser des choix… Ils profitent de ce sacrement pour poser à un prêtre leurs questions. 

En quoi cela est-il gênant?

On a beaucoup travaillé sur cette question dans le cadre des travaux de la CIASE. Nous avons insisté pour décorréler le sacrement de l’accompagnement spirituel. Dans celui-ci, tout ne relève évidemment pas du péché. Et tout n’a pas non plus à tomber sous le secret. En outre, le prêtre n’a pas le droit de revenir sur ce qui s’est dit dans la confession… Ce qui peut être un obstacle à l’accompagnement. 

Peut-on tout de même se confesser auprès de son accompagnateur spirituel?

Oui. Mais si on fait cela, nous insistons pour que cela se fasse en deux temps distincts. Pour le sacrement, le prêtre doit revêtir les ornements sacerdotaux – au minimum l’étole. Nous préconisons aussi que cela se passe dans un lieu dédié. Le lieu normal, c’est l’église. Cela peut aussi être un oratoire dédié. Inversement, on ne confesse pas dans sa chambre, ni à des heures indues. Il est quand même rare d’être dans un état de péché mortel au point de devoir se confesser dans l’heure…  

Derrière ces préconisations, c’est évidemment le drame des abus qui se révèle…

Exactement. Dans notre groupe de travail, nous avons identifié que 66% des abus avaient eu lieu dans le cadre d’un accompagnement spirituel ou du sacrement de réconciliation. On s’est aussi aperçu que si on avait suivi le rituel, beaucoup d’abus auraient pu être évités. Qu’un prêtre confesse à 22h, dans sa chambre, sans ornements, cela ne va pas! Si en plus, il est le supérieur et l’accompagnateur spirituel de la personne confessée, tous les ingrédients sont réunis pour tomber dans l’abus. Beaucoup d’abus se sont produits lorsqu’une personne était confessée par son accompagnateur spirituel qui était aussi supérieur de sa communauté. Des abus spirituels, qui ont pu conduire à des abus sexuels…

Votre première invitation consiste donc à en revenir à ce qui est prévu…

Oui. Ce qui veut dire aussi qu’il faut se former. Il faut former les prêtres mais aussi le peuple de Dieu. En France, nous avons plaidé pour la mise en place de pénitenceries. Nous voulons qu’il y ait, dans chaque diocèse, un prêtre référent pour la formation dans ce domaine. Mais je constate qu’actuellement, le principal manque concerne la formation des fidèles, notamment sur le sens de ce qu’est un péché. On mélange parfois le péché avec certains traits de caractère, ou avec des addictions, qui relèvent de la maladie.

Le péché, c’est un acte grave posé contre Dieu et contre ses frères, en connaissance de cause, et avec la volonté de le faire. Et le péché relève du registre de la foi. Je pense d’ailleurs que nous devrions davantage allier la pénitence à la réconciliation. Le sacrement n’a sa valeur que s’il s’inscrit sur un chemin de conversion. Ce n’est pas de la magie! En vivant le sacrement, je suis appelé à mettre en œuvre une conversion, sous le regard de Dieu et avec la validation du ministre. Beaucoup de jeunes vivent le sacrement de la sorte; ils ont quelque chose à nous apprendre. Ils sont bel et bien dans une dynamique de conversion, de chemin avec Dieu… Je trouve cela très positif. 

Y a-t-il une bonne fréquence pour vivre ce sacrement?

Il ne faut pas en abuser. Il n’y a pas besoin de se confesser chaque semaine! Sur mon chemin baptismal, à certains moments, je sens qu’il faut que je sois replongé dans la grâce de mon baptême. Parce que je me suis éloigné du Christ ou de l’Eglise. Parce que j’ai eu un comportement économique qui ne convient pas à un chrétien. Parce qu’éthiquement, je ne m’investis pas dans la Cité… Comme l’indique le rituel, c’est l’Esprit Saint qui indique le péché, pas le sentiment de culpabilité. 

Beaucoup de gens n’ont plus vécu de sacrement depuis parfois longtemps. Qu’aimeriez-vous leur dire?

Lisez l’Ecriture! Choisissez un texte de miséricorde ou de justice, par exemple. Puis, à la lumière de l’Ecriture, laissez l’amour du Christ se poser sur votre vie. Là, peut-être sentirez-vous un appel intérieur à rencontrer le Christ. Vous pourrez alors choisir un prêtre. On peut se confesser auprès de n’importe quel prêtre, mais on sent chez certains une bonté, une miséricorde particulière. Rappelez-vous aussi que le prêtre est tenu au secret. Puis, parlez-lui comme si vous parliez au Christ: "J’ai lu ta Parole, j’ai entendu ton appel, je te demande pardon pour cela. Et voilà ce que j’ai envie de changer dans ma vie pour te suivre." C’est un sacrement qui doit aller vers la vie, avec le Christ, et non s’inscrire dans une quête de perfection.

Propos recueillis par Vincent DELCORPS

Pour aller plus loin: Préconisations du groupe de travail post-CIASE Confession et accompagnement spirituel et ses annexes.

Catégorie : Sens et foi

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