L’ouvrage d’Emmanuel Van Lierde se lit comme un (bon) roman. Les dix années de pontificat sont racontées avec soin, en même temps qu’elles se trouvent éclairées par quelques retours dans la vie antérieure de Bergoglio. Dimanche vous propose quelques-uns des meilleurs extraits. Avec, en prime, un concours à la fin de cet article.

L’élection: un signe de l’Esprit?
Le vaticaniste américain Gérard O’Connell a pu établir comment les votes s’étaient répartis lors des six tours qu’il a fallu au conclave pour que Bergoglio obtienne la majorité des deux tiers. A l’issue du premier tour, au soir du mardi 12 mars 2013, le cardinal italien Angelo Scola avait recueilli 30 voix, Bergoglio 26, le cardinal canadien Marc Ouellet 22 et le brésilien Odilo Pedro Scherer 4. Pour Scola comme pour Scherer, leurs scores étaient moins élevés que prévu. Bergoglio, lui, faisait mieux que ce qui était attendu. Ce fut un signal pour les cardinaux indécis. Lors des tours suivants, leurs votes se sont reportés sur les candidats arrivés en tête, Bergoglio étant leur préféré. Le mercredi matin, il obtenait ainsi 46 puis 56 voix. Que cet Argentin peu connu se retrouve dans une position de favori fut vécu par beaucoup comme un signe de l’Esprit Saint qui désignait cet homme comme appelé par Dieu. Cela lui a aussi valu de devenir la cible de ceux qui étaient opposés à son élection.
Un faux modeste?
Humble et contre le luxe, le pape se déplace dans une petite voiture toute simple, ses vêtements sont modestes, il porte des chaussures noires ordinaires et non pas les souliers rouges habituels. A deux pas de la place Saint-Pierre à Rome, il a fait aménager un dortoir avec douches, laverie et coiffeur gratuits pour les sans-abri et les clochards. Certains voient dans ces choix une fausse modestie ou de la publicité à bon compte pour restaurer l’image de l’Eglise abîmée par les scandales. Pourtant, si l’on regarde ce qu’a accompli Bergoglio lorsqu’il était archevêque en Argentine, il est facile de constater que, devenu pape, il ne fait que poursuivre ce qu’il a toujours fait. Cardinal à Buenos Aires, il n’avait pas peur de toucher les pauvres et les malades. Il n’avait d’ailleurs peur de rien. Il a toujours été un homme épris de simplicité qui considérait que suivre les pas du Christ était la chose la plus importante de sa vie. En cela, il n’est pas révolutionnaire, mais il attache du prix à une certaine radicalité évangélique.
Emmanuel Van Lierde nous explique les grandes lignes de son livre :
Le pape qui aimait communiquer
Au pré-conclave de 2013, quelques cardinaux avaient exprimé le souhait que le nouveau pape communique mieux. La Bonne Nouvelle s’annonce de préférence avec le sourire et les médias d’Eglise avaient besoin de transparence. Le nouveau pape devait pouvoir s’exprimer directement, librement, sans filtre. Le pape François répond parfaitement à ces attentes. On sait d’ailleurs qu’il est un utilisateur régulier du téléphone et de la poste qui lui permettent d’avoir des contacts personnels. On peut s’adresser au pape. On peut l’approcher. Au risque de laisser espérer que le pape puisse réagir à tout et répondre à tous ceux qui le sollicitent, ce qui est évidemment impossible. Ce qui est certain, c’est que Bergoglio apprécie le dialogue et les entretiens dans lesquels chacun s’investit. Finis les traditionnels monologues, place à la réciprocité. Travailler à une entente réciproque, de façon à ce que chacun ne campe pas sur ses différences, est pour François un impératif pour la paix dans le monde.
Pas de guerre sainte
Au cours de la conversation que j’ai eue avec [le pape François] le 17 décembre 2022, j’ai bien vu qu’il était très ému lorsqu’on a abordé avec lui la guerre en Ukraine. Il vit comme un échec personnel le fait qu’il n’ait pas réussi à obtenir un cessez-le-feu et encore moins la paix. La guerre se poursuit et s’étend. Il ne cesse d’appeler au dialogue et il voudrait être lui-même médiateur entre les belligérants. Il veut tout faire pour briser la spirale de la violence, pour éviter qu’encore plus de sang ne soit versé. (…) A ses yeux, il ne saurait y avoir de guerre juste ou de guerre sainte. Cette horreur est sans conteste un blasphème et celui qui s’arroge le droit de mener une guerre sainte abuse le nom de Dieu. Pour le pape, le cri des enfants innocents et de leurs mères, celui des femmes et des hommes victimes de violences, est une prière incessante. Il n’est manifestement pas sourd à leur cri du cœur pour la paix. Il souhaite peser de tout son poids dans la balance pour que cette "troisième guerre mondiale", dont en fait le monde entier est victime, s’arrête enfin.
Et le suivant?
S’il y avait un conclave en octobre 2023, l’électorat papal serait composé de 52 cardinaux originaires d’Europe, 15 d’Amérique du Nord, 24 d’Amérique centrale et latine, 19 d’Afrique, 23 d’Asie et 3 d’Océanie. C’est précisément parce que François s’est engagé à mondialiser le Collège des cardinaux que la diversité en son sein n’a jamais été aussi grande, ce qui rend pratiquement impossible de prédire l’issue de la prochaine élection papale. De toute façon, les conclaves ont souvent produit des surprises, et ce n’est pas toujours l’un des candidats préférés qui apparaît au balcon par la suite. (…) Bon nombre des cardinaux créés par François étaient auparavant des inconnus. Plus de 20 d’entre eux sont originaires de pays qui n’avaient jamais eu de "prince de l’Eglise" auparavant. Ils représentent des cultures et des expériences souvent très éloignées du monde occidental, avec des préoccupations et des priorités différentes de celles de l’Europe, notamment la lutte pour la survie de leurs communautés chrétiennes dans des régions violentes ou dans des zones où les chrétiens sont minoritaires. Il se pourrait bien que l’expérience de la guerre, de la persécution et du martyre soit décisive dans le choix du prochain successeur de Pierre.
Emmanuel Van Lierde, Le pape François. Le révolutionnaire conservateur, Editions jésuites.
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