Fridolin Ambongo Besungu est l’un des prélats africains les plus influents. A 63 ans, l’ancien professeur de théologie morale est aussi l’espoir de tout un continent d’avoir un jour "son" pape. Alors que le pape François, dont il est un visiteur régulier, arrive à Kinshasa, l’archevêque est au four et au moulin. Portrait d’un capucin discret mais intransigeant.

26 janvier 2023 en fin de journée. A cinq jours de l’arrivée du pape, à l’archevêché de Kinshasa, Fridolin Ambongo convoque une conférence de presse. "Tout est prêt", commence le cardinal qui revient sur les détails de l’organisation, la mobilisation de l’Eglise et l’implication du gouvernement. Ces derniers jours pourtant, il s’est fait discret, "épuisé par les préparatifs", assure son entourage au point qu’ "il n’a pas de messe prévue en public cette semaine", précise Edouard Isango, chancelier du diocèse.
Plus de doute: comme toute la RDC, l’archevêque attend le pape François à Kinshasa le 31 janvier. "Est-ce que le souverain pontife tient tant à ce voyage aussi à cause de son ami Fridolin?" se demande la presse locale. "Peut-être que c’est l’inverse, c’est parce que le pape aime la RDC qu’il l’a fait cardinal", nuance Jean-Baptiste Malenge. Ce prêtre et philosophe congolais est depuis une trentaine d’années correspondant de Radio Vatican dans le pays. Dès lors que la visite du pape est annoncée, l’archevêque de Kinshasa a fait de la réussite de ce voyage un défi personnel.
"Franciscaniste" jusqu’au bout
"Franciscaniste", le terme qui désigne de plus en plus dans les coulisses du Vatican des prélats proches de François, ne fait pas allusion à l’Ordre des Franciscains Mineurs (OFM) au sein duquel Fridolin Ambongo a été ordonné prêtre en 1988. C’était un 14 août, à la veille de l’Assomption. Belle coïncidence pour ce fervent dévot de Marie.
Et ce 24 janvier 2023, le cardinal Ambongo fête ses 63 ans. Pas de faste ni de fête. Aux prêtres qui lui ont adressé leurs vœux, il a demandé de "prier pour lui". Comme un certain Jorge Mario Bergoglio, place Saint-Pierre, le jour de son élection comme pape en mars 2013.
Depuis octobre 2019, soit un an juste après son élévation au cardinalat, l’archevêque de Kinshasa est membre du Conseil des cardinaux communément appelé le C8. Ce cercle très restreint, mis en place en avril 2013 par François, rassemble des cardinaux du monde entier. Et même s’il est de moins en moins actif, ses membres sont régulièrement consultés par le pontife argentin. A l’instar du clergé africain, Ambongo est plus conservateur que François, mais il partage entièrement "son ouverture au monde", et sa simplicité "périphérique". Et à quelques jours de l’arrivée du pape à Kinshasa, il mouille le maillot.
Au four et au moulin
Dès que le pontife argentin a annoncé sa visite, le cardinal a appelé ses prêtres à la prière et, dans son diocèse comme ailleurs dans le pays, une prière spéciale est récitée quotidiennement en marge de la messe, "pour la réussite de ce périple". Le 20 janvier, en milieu d’après-midi, une réunion rassemble des prêtres de son diocèse au Centre Lilonge qui héberge l’essentiel des bureaux de l’archevêché de Kinshasa. Le cardinal donne à son clergé les grandes orientations de cette visite. Son mot d’ordre: "faire de la visite un succès". Il leur a précisé qu’en marge de la messe, "le pape fera un tour en papamobile".
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Quelques jours plus tôt, il s’était déplacé à l’aéroport Ndolo où le souverain pontife dira sa grand-messe le 1er février. "Je suis vraiment remplie de joie" a-t-il confié, "c’est un sentiment de satisfaction après cette visite" insiste-t-il. Pour lui, ce voyage est "un encouragement à reprendre confiance en l’avenir" et il l’interprète avant tout comme "un soutien au profit d’un peuple qui souffre". Par ailleurs, créé cardinal à 58 ans, Fridolin Ambongo aiguise chez les Africains l’espoir d’un pape venu du continent.
"Papabili" pour l’Afrique
Avec le départ du ghanéen Peter Turkson du "ministère" pour le développement intégral l’année dernière, plus aucun africain n’est à la tête d’un dicastère. L’espoir se cristallise donc autour de l’archevêque de Kinshasa. La visite en vue de François à Kinshasa contribue à alimenter l’espoir. Mais pour le cardinal Ambongo, "le pape vient voir un peuple qui souffre, c’est le plus important" insiste-t-il. Même si, compte tenu de l’influence de l’Eglise dans le pays, cette visite est vite interprétée comme un soutien du Saint-Siège à l’épiscopat local en général et au cardinal en particulier. "Le pape nous a toujours soutenus", relève Mgr Donatien Nshole. "A travers ses prières, mais aussi les actes" continue celui qui a été fait chapelain du pape par François avec le titre honorifique de "Monseigneur". Depuis l’indépendance du Congo, les archevêques de Kinshasa ont toujours été, plus que des pasteurs, des acteurs politiques de premier plan.
Entre l’apostolat et la politique
"Allez vous faire enrôler pour la présidentielle!" clame Fridolin Ambongo, alors que, depuis fin décembre, les inscriptions sur la liste électorale ont démarré. Car, pour le prélat congolais, "les élections ont toujours constitué pour la population congolaise une source d’espérance pour un changement de qualité dans la gestion du pays". S’il est avant tout pasteur, dans un pays où l’Eglise est au cœur du quotidien des populations, le cardinal de Kinshasa est aussi une voix et même un acteur politique, comme ses prédécesseurs. Respecté, voire adulé, tous les regards sont tournés vers lui en cette année d’élection présidentielle.
"L’Eglise ne peut pas être en marge d’un rendez-vous aussi important", rappelle-t-il, insistant sur l’obligation évangélique d’être "du côté de la vérité". "Le cardinal ne peut pas croiser les bras quand le pays va mal", nous lance, lors d’un entretien à Kinshasa, Mgr Donatien Nsholé, secrétaire général de la conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Quant au cardinal, il n’a qu’une seule prière en ce moment "que le pape arrive enfin".
BIO-EXPRESS
1960: Naissance à Boto (Nord-Ubangi), RDC
1981: Premiers vœux dans l’Ordre des Frères mineurs capucins
1987: Vœux perpétuels chez les Frères mineurs capucins
1988: Ordination sacerdotale
2004: Evêque de Bokungu-Ikela
2018: Archevêque de Kinshasa
2019: Cardinal
Max-Savi CARMEL,
envoyé spécial à Kinshasa

