Benoît XVI, le vrai départ d’un grand théologien (portrait)


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Benoît XVI, le vrai départ d’un grand théologien (portrait)
Par Vincent Delcorps
Publié le - Modifié le
4 min

A l’âge de 95 ans, le pape émérite s’en est allé sur la pointe des pieds. Avant de prendre la direction de l’Eglise, il fut d’abord un grand théologien. Son pontificat a été marqué par d’importants textes, une grande douceur et plusieurs malentendus. Avant sa démission surprise en 2013.

La confrontation au nazisme confortera, chez Joseph Ratzinger, la vocation au sacerdoce.

C’est un Samedi saint. Le 16 avril 1927, Joseph Ratzinger naît à Marktl am Inn, une bourgade bavaroise située à deux pas de la frontière autrichienne. La famille est modeste : le père est officier de gendarmerie, la mère a œuvré comme cuisinière dans des hôtels. C’est dans la simplicité que l’enfant, sa grande sœur Maria et son grand frère Georg, grandissent. Mais le climat est aussi explosif : Joseph a six ans quand Hitler prend le pouvoir. Et douze lorsque la guerre éclate. L’épreuve va le marquer : durant toute sa vie, Joseph sera un homme de paix, habité par un désir d’unité.

A l’école de Saint Augustin

L’épreuve ne va pas sans consolation. Confronté à la violence du nazisme, Joseph peut s’appuyer sur sa famille, auprès de laquelle il trouve une source profonde d’espérance. Il se sent aussi attiré par Jésus et par l’Eglise. Une vocation se prépare… "Dans la confrontation avec la brutalité de ce système au visage inhumain, j'ai compris qu'il y avait un grand besoin de prêtres", confiera-t-il plus tard. En 1939, à 12 ans, il entre au petit séminaire. La vocation se confirme. Sensible à la beauté de la liturgie et désireux de toujours mieux connaître Dieu, il étudie ensuite la philosophie et la théologie avant d’être ordonné prêtre le 29 juin 1951. A des charges pastorales, il préfère cependant la recherche de haut niveau. En 1953, le jeune prêtre soutient une thèse de doctorat consacrée à la doctrine de l’Eglise chez saint Augustin. Quelques années plus tard, c’est à la théologie de saint Bonaventure qu’il consacre son habilitation à enseigner. Passionné par la théologie, Joseph Ratzinger se sent attiré par les plus grands maîtres en la matière.

Lui-même est en train de devenir une sommité. Ses charges d’enseignement le mènent successivement à Freising, Bonn, Münster, puis Tübingen. Le parcours académique est brillant. Et si son expertise est reconnue dans les cénacles universitaires, elle l’est aussi dans les milieux ecclésiaux. De 1962 à 1965, Joseph participe au concile Vatican II comme conseiller théologique du cardinal Frings, archevêque de Cologne. Son génie s’exprime déjà. Quelques années plus tard, il signe une Introduction au christianisme qui fera date. "En 1968, j’étais encore étudiant à Leuven », raconte le cardinal Joseph De Kesel. « Je me souviens de ce livre. A l’époque, la théologie allemande était très réputée, avec Karl Rahner, le protestant Jürgen Moltmann, mais aussi Ratzinger, qui était pourtant encore jeune."

"Collaborateur de la Vérité"

Les charges se multiplient, les nominations se succèdent. En 1977, sur décision du pape Paul VI, Joseph Ratzinger devient archevêque de Munich et Freising. Le défi est de taille : voilà le professeur appelé à se faire pasteur ! La devise épiscopale qu’il se choisit traduit son désir autant que son charisme : « collaborateur de la Vérité ». "J'ai choisi cette devise parce que, dans le monde d’aujourd'hui, on oublie presque complètement le thème de la vérité, tant cela paraît trop élevé pour l'homme", expliquera-t-il. "Et pourtant, si la vérité vient à manquer, tout s'écroule". C’est aussi en 1977 que Ratzinger est fait cardinal.

A Rome, la succession des papes ne fait pas pâlir l’étoile de l’Allemand : monté sur le trône de Pierre en 1978, Jean-Paul II fera bientôt de Ratzinger l’un de ses plus proches collaborateurs. En 1981, il le nomme préfet de la congrégation pour la Doctrine de la Foi. C’est une consécration. C’est aussi un tournant : l’Allemand est contraint d’abandonner son archidiocèse bavarois pour s’en aller à la Curie romaine. Le poste est clé, la fonction est délicate. Une vingtaine d’années après Vatican II, l’homme est chargé de maintenir la doctrine catholique sur les rails. Il se révèle alors par la clarté de son propos, l’intelligence de ses raisonnements, ainsi que par sa modestie. "J’avais déjà pour lui une grande admiration", partage Mgr André-Joseph Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles. "Je voyais en lui un homme supérieurement intelligent et cultivé en même temps que beaucoup de douceur et de gentillesse."

Découvrez la suite de cet article dans le journal Dimanche de la semaine prochaine.

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Catégorie : Eglise monde

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