
Vous n’aurez pu le louper: Noël approche! Partout, autour de nous: des lumières, des chalets en bois, des guirlandes, une vague odeur de vin chaud, des cougnous. Et même aussi quelques crèches et couronnes.
Evidemment, l’on pourrait gloser pendant des heures sur la récupération profane de cette fête religieuse. Mais on aurait tort. Laissons plutôt la glose aux grincheux et concentrons-nous sur la joie. C’est au IVe siècle que la chrétienté naissante établit la célébration de la nativité du Christ au 25 décembre. Seize siècles plus tard, alors que la déchristianisation a fait son œuvre, cette date demeure synonyme de fête pour beaucoup. Sans doute Jésus lui-même ne peut-il que s’en réjouir!
Ce qui ne doit pas nous empêcher de conserver notre esprit critique. Particulièrement sur la façon dont la fête est célébrée. En bien des lieux, on nous promet d’inoubliables instants de bonheur. "Trouvez donc une tenue fabuleuse pour l’occasion et le bonheur sera au rendez-vous", entonne ce site de prêt-à-porter. "Chez nous, vous trouverez tout pour passer une période de fin d’année inoubliable", rapporte cette enseigne de décoration. Il y a aussi cette grande marque qui vous assure que "vous trouverez sans aucun doute votre bonheur parmi nos nombreuses recettes."
Le bonheur! Quel joli mot… Son utilisation ici a pourtant de quoi déranger. Pour deux raisons.
1 - Sans doute plusieurs d’entre nous ne dédaignerons pas dans les prochains jours une huître ou une tranche de dinde. Cela nous apportera un peu de plaisir… Mais le bonheur, n’est-ce pas ailleurs que nous le chercherons? Dans les rites et les rires, la générosité et le soin à l’autre, dans la relation aux plus petits et le cœur à cœur avec Dieu… Il y a de délicieux homards qui peuvent être fades. Et des champagnes qui se révèlent glaciaux…
2 - Croire que le bonheur se trouve dans l’huître pose un autre problème. Cela induit que ceux qui ne pourraient se payer celle-ci ne pourraient avoir droit à celui-là. Ce serait injuste. Et contraire au message de Noël. Car à l’étable de Bethléem, ce n’était certes pas l’abondance. Sans doute manquait-on même de tout. C’est pourtant là que Dieu a voulu naître. Victoire de la vie et de l’espérance! En fait, il n’y a même pas besoin de croire en Dieu pour se laisser toucher par le récit de cette naissance.
Vincent DELCORPS
