Opinion – Eglise : sortons de la culture de l’omerta


Partager
Opinion – Eglise : sortons de la culture de l’omerta
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

L’histoire de l’Eglise est marquée par tant de fautes. Si la culture du silence est en train de disparaître, le travail n’est jamais définitivement acquis. Pendant 40 ans, Georges van der Straten a dirigé des communautés thérapeutiques pour toxicomanes. Il y a découvert que pour se remettre debout, toute personne devait se confronter à son passé avec honnêteté et bienveillance.

@ Adobe Stock

Je viens de voir sur Youtube* le témoignage poignant d’une femme qui est née, a grandi et s’est mariée au sein d’une "Communauté Nouvelle" appartenant au mouvement du Renouveau charismatique. Comme de nombreuses autres personnes, cette femme a été abusée et maltraitée. En 2014, l’Eglise a fini par considérer que cette communauté était une secte. L’année suivante, elle l’a dissoute.

Le problème de l’omerta

Nous commençons à sortir de plusieurs siècles durant lesquels les scandales qui secouent l’Eglise aujourd’hui ont été étouffés. Il ne s’agit pas de plonger l’Eglise dans la boue à cause des fautes et du silence de nombreux croyants et de la hiérarchie. Comme toute réalisation humaine, l’Eglise comporte sa part d’ombre. Mais pendant des siècles, ses membres ont évité de parler de cette part d’ombre, alors que ce nettoyage interne était vital pour que l’Evangile soit incarné.
En réalité, le plus gros problème, ce n’est pas les scandales mais bien "l’omerta", c’est-à-dire le silence des autorités ecclésiastiques et de 90% des catholiques. Ce long silence sur les scandales est un problème planétaire. Il aura fallu que la presse et les réseaux sociaux les fassent éclater pour qu’il y ait des sanctions et de douloureuses demandes de pardon, notamment exprimées par le pape François.
Reste la question: comment notre communauté catholique a-t-elle pu étouffer tant de scandales? C’est la même question que doivent se poser les communistes aujourd’hui: quel lien y a-t-il entre les textes de Marx et de Lénine et le fait que tous les régimes communistes ont été des dictatures et des Etats policiers? Sans jeter le bébé avec l’eau du bain, l’Eglise doit donc se poser cette question. Il faut apprendre à se remettre collectivement en question, de bas en haut et de haut en bas.


Une culture de suivisme

Un passage de l’évangile me vient à l’esprit: “Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il n’écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. Que s’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté. Et s’il refuse d’écouter même la communauté, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain” (Mt. chap. 18, 15-18).
Nous souffrons d’une culture de culpabilité, de conformisme, de suivisme ou d’angélisme qui fait que les membres de la communauté se taisent, ainsi que les autorités. Il y a là une nécessité de se remettre en question en tant que système.
Aux premiers siècles du christianisme, avant que le rôle de confesseur soit confié aux prêtres, les croyants se confessaient en groupe. Aurions-nous la capacité de faire un examen de conscience collectif et systémique? Cette démarche nécessite beaucoup d’humilité et de lucidité, mais elle (seule) est évangélique. L’Evangile nous demande de balayer devant notre porte avant de faire la morale aux autres (c’est l’histoire de la paille et de la poutre). Aujourd’hui, le pape François et certains médias catholiques ont l’intégrité et le courage de parler des dérives graves qu’a connues l’Eglise. Cette reconnaissance de culpabilité ne doit pas nous effrayer, elle est une étape indispensable pour commencer à changer.

Si l’Eglise veut être crédible…

Jésus dit aussi ceci à ses disciples: “Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales. Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer” (Mt.18, 6). Si l’Eglise veut être crédible auprès des jeunes générations, il faut mettre fin à cette politique de l’autruche et à l’étouffement des scandales concernant des crimes commis dans “notre” communauté.
L’Eglise a-t-elle pratiqué l’intégrité évangélique au cours des siècles passés? A mon sens, ce n’est que récemment qu’elle a pris cette voie et que le pape a abordé de face ces problèmes en rompant un silence complice. Malgré toutes les bonnes œuvres de l’Eglise, je crois que le Christ aurait qualifié ce silence d’hypocrisie et de pharisaïsme.

Ces sujets de réflexion ne peuvent être évités dans le cadre du Synode sur la synodalité, actuellement en cours, et qui réunira à Rome les évêques du monde entier en 2023. Ce n’est qu’au prix d’une "révolution culturelle" dans nos esprits et dans les relations entre chrétiens et avec l’Eglise que les écuries d’Augias cesseront durablement d’empester. Heureusement, beaucoup d’évêques acceptent aujourd’hui de parler en transparence, sans se placer au-dessus de la justice des hommes. Puissent-ils poursuivre dans cette voie, car c’est l’Eglise à laquelle je suis prêt à croire.

*https://www.youtube.com/watch?v=wL7_LKWaPDs

"Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes" (Mt. 5, 13). 

Catégorie : En dialogue

Dans la même catégorie