Bobin soit il, « l’homme-joie »


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Bobin soit il, « l’homme-joie »
Par La rédaction
Publié le
3 min

A l'annonce de son décès, le 25 novembre, Michel Kesteman lui rend hommage. Lui-même auteur, il reconnait son admiration pour Christian Bobin : "J’ai aimé l’enchantement simple de ses poèmes et de ses romans."

Cet homme avait un incroyable besoin d’écrire depuis un petit rien qu’on appelle la vie ordinaire, une maison entre quelques arbres, quelques oiseaux et la trace de ceux qui étaient partis en le laissant seul sur place, près du Creusot en France. Il est parti aujourd’hui.

Dans un livre qui me fait dire "voilà, Christian Bobin est ressuscité", cet homme qui avait ouvert son regard pour voir l’humanité nombreuse et parlait à un seul, le lecteur du moment, j’ai lu la déchirure du réel avec celle qu’il avait aimé, avec son père en institution dans ce monde où "Tout le monde est occupé" mais où chacun peut être cadeau de Dieu, avec ses patients quand il travaillait en hôpital psychiatrique.

"Dieu s'est rapproché"

Dans « Ressusciter », j’ai lu ces mots essentiels : "J’ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s’est rapproché pour voir ce qui se passait." J’ai aimé l’enchantement simple de ses poèmes et de ses romans. J’ai pu les lire plusieurs fois. Chaque fois, ils ont libéré un autre pouvoir d’entendre, d’écouter, de voir, d’admirer, de dire en peu de mots simples les touches de couleur du réel. "Les nuages sont de merveilleux infirmiers".

Cet auteur est comme la Bible, on peut l’ouvrir n’importe quel jour à n’importe quelle page et on en ressort grandi. « Je t’écris pour t’emmener plus loin que la mort. » Il l’a fait en offrant la présence pure d’un silence, d’un enfant, d’une solitude, d’un coquelicot, d’une petite robe, d’un sourire. « L’écriture, c’est un ange » dit-il à une petite fille qui l’interroge. « L’essentiel, on l’attrape en une seconde ». « Ceux qui nous sauvent de notre vie ne savent pas qu’ils nous sauvent » écrit-il de sa belle écriture reproduite parfois sur des pages bleues de ciel et d’amour. « Le sourire est la seule preuve de notre passage sur terre. » « C’est l’heure où la gorge serre. »

Il y a beaucoup de blancs entre les lignes de ses petits livres, des folios offerts pour respirer, rêver, compléter, penser. En suivant les pas de saint François, il avait découvert le « Très-Bas », le Dieu incarné présent dans la basseur de l’humain, à ras de vie, de blessure et de mort et le Dieu rayonnant qui fait «« L’homme-joie ».

"Il souriait. C'est tout"

J’aime ce recueil de textes où il peut dire comment il se sent rarement à la hauteur de cette vie, et la rencontre son ami le peintre de l’outre-noir Pierre Soulages, disparu il y a peu, auquel il consacre « La nuit du cœur ». Sans doute est-il passé assez par les enfers de la perte, pour avoir compris la kénose et ce mouvement pascal où au cœur de la nuit de l’humain fracassé, au cœur du noir absolu passe la lumière du matin. Quand il ne reste plus rien jusqu’à l’épuisement : « Je dors dans le noir, quand je me réveille, je ne trouve que la lumière ».

Je le cite encore : « Comme moi, il n’avait rien fait de sa journée. Il souriait. C’est tout. » Christian, Merci. Certains liront « L’arrière-pays de Christian Bobin », pour le découvrir avec ceux qui l’ont inspiré. Comment peut-on ne pas lire, écrire ? Chaque mot t’appelle et te révèle.

Michel Kesteman

Catégorie : Opinions

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