Opinion – Des animateurs radio brisent une statue du Christ : comment cela a-t-il été possible ?


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Opinion – Des animateurs radio brisent une statue du Christ : comment cela a-t-il été possible ?
Capture d'écran de la vidéo diffusée par Studio Brussel
Par Olivier Vincent
Publié le
5 min

Dans un article du 24 mars, CathoBel évoque la polémique qui a éclaté après la diffusion d’une séquence de Studio Brussel montrant la destruction d’une statue de Jésus et d’une Vierge à l’Enfant. Olivier Vincent analyse cette polémique.

La scène se passe dans une « rage room » (une salle de défoulement). Les animateurs ont reconnu qu’ils n’auraient pas posé un tel geste envers d’autres religions. La vidéo, diffusée lors d’un événement radiophonique international, a provoqué de vives réactions politiques et publiques pour souligner un manque de respect envers les symboles religieux chrétiens.

Quand le “fun” devient mépris

Certains diront que ce n’est rien. Une séquence de radio filmée, un moment de défoulement dans une “rage room” voire un objet cassé parmi d’autres. Une blague, en somme, sans plus.

Mais non, justement. Il faut regarder les choses en face.

Ce qui a été brisé par des animateurs de Studio Brussel, ce n’est pas seulement une statue en plâtre ou une vieille décoration récupérée pour faire du contenu. C’est une représentation du Christ. Un symbole religieux. Et lorsqu’un symbole est volontairement détruit devant une caméra, sous couvert d’humour, ce n’est plus “juste pour le fun”.

Un geste qui dit quelque chose

Ce que dit ce geste est profondément révélateur : dans notre société, certains symboles peuvent être piétinés sans conséquence, tandis que d’autres imposent d’emblée la prudence, la retenue, parfois même la peur. Voilà le vrai sujet. Pas la susceptibilité. Pas l’humour. Pas la sempiternelle défense du “second degré”. Le vrai sujet, c’est le « deux poids, deux mesures.»

Car soyons honnêtes: qui peut sérieusement croire qu’une scène comparable aurait pu être tournée avec un objet rituel musulman ou juif ? Qui imagine une équipe média, hilare, explosant devant les caméras un Coran, une menorah ou un symbole sacré de l’islam ou du judaïsme, avant d’expliquer ensuite qu’il s’agissait simplement d’un moment décalé ?

Personne.

Et si personne n’y croit, c’est précisément parce que tout le monde sait que cela aurait déclenché un scandale immédiat, entrainant une condamnation publique et des excuses en urgence.

Alors pourquoi ici, cela semble-t-il possible ?

Le producteur de l’émission s’est justifié en avançant que « la Belgique n’est pas un pays très religieux, et encore moins les auditeurs de Studio Brussel”.  Traduction brutale : il n’y avait pas grand-chose à craindre. Peu de protestations. Peu de coût social. Peu de danger. Autrement dit, le geste n’a pas été jugé selon sa portée symbolique, mais selon le niveau de risque qu’il représentait.

Parce que le christianisme, dans une partie de l’espace médiatique et culturel occidental, est devenu la cible facile. Le symbole qu’on peut tourner en dérision sans trop de risques. La tradition qu’on estime suffisamment affaiblie pour qu’on puisse s’en servir comme accessoire de divertissement. La foi qu’on suppose assez discrète, assez habituée au mépris, assez domestiquée pour ne plus inquiéter personne. Et c’est précisément cela qui devrait nous alerter.

Voilà où nous en sommes.

Le respect n’est plus un principe. Il devient une stratégie. On ne respecte pas ce qui est sacré parce qu’on reconnaît une limite, mais bien ce qui pourrait nous exploser au visage. On ménage les symboles qui “protègent” leurs communautés par leur capacité de réaction, et l’on se permet de mépriser ceux dont on pense qu’ils encaisseront, au grand dam des millions de catholiques belges et européens.

Ce n’est pas du courage. Ce n’est pas de la liberté. C’est de la lâcheté maquillée en irrévérence.

Les animateurs, eux, expliquent qu’ils viennent d’une culture catholique et qu’ils peuvent donc “aller plus loin”. Argument classique pour justifier une certaine autodérision. Sauf que l’autodérision a bon dos lorsqu’elle est diffusée à grande échelle et validée par un dispositif médiatique. À partir du moment où le geste est mis en scène, relayé et assumé publiquement, il ne relève plus seulement du clin d’œil intime ou de la distance personnelle, il devient un message collectif.

Et le message est limpide : certains symboles peuvent être cassés, littéralement, pour faire rire.

Il faut aussi dire un mot du contexte. La rage room, par essence, est un lieu où l’on vient détruire. Un espace de transgression autorisée dans lequel tout pousse à aller plus loin, jusqu’à transformer l’excès en spectacle. En groupe, la mécanique est encore plus puissante : on s’encourage, on surenchérit, on s’auto-absout dans le rire. Ce qui, seul, paraîtrait déplacé devient, à plusieurs, presque naturel.

Mais l’effet de groupe n’efface pas la signification d’un acte. Il la rend parfois plus visible encore.

Le problème n’est donc pas seulement la statue. Le problème, c’est l’habitude prise de traiter certains héritages comme des terrains de jeu, comme si la sécularisation autorisait automatiquement le mépris ou comme si le recul religieux d’une partie de la société permettait d’humilier ce qui continue, pour d’autres, à porter une signification profonde.

Et la liberté d’expression ?

La liberté d’expression protège le droit de critiquer, de caricaturer ou de contester. Elle protège même parfois (!) le droit de choquer. Mais elle ne transforme pas un geste médiocre en geste intelligent. Elle ne donne pas à la vulgarité la noblesse de la transgression et n’oblige personne à applaudir lorsqu’un symbole est réduit en miettes pour quelques secondes de buzz.

On peut avoir le droit de faire quelque chose et avoir tort de le faire.

C’est même l’un des tests les plus sérieux de la maturité démocratique : non pas seulement ce que la loi permet, mais ce que la conscience retient.

Car au fond, ce qui dérange ici, ce n’est pas seulement une vidéo maladroite. C’est le miroir qu’elle tend à la Société. Celle qui prétend défendre le pluralisme mais hiérarchise les sensibilités, qui invoque le respect, mais seulement lorsqu’il est prudent de le faire, et qui se dit tolérante, mais réserve parfois sa désinvolture à ceux qu’elle considère comme inoffensifs.

C’est pourquoi cette affaire mérite mieux qu’un haussement d’épaules. Elle mérite une question simple, directe et inconfortable :

Si ce geste était impensable avec d’autres symboles, pourquoi serait-il acceptable ici ?

Tant que nous refuserons de répondre honnêtement à cette question, nous continuerons de vivre dans une société du respect sélectif c’est-à-dire, au fond, du mépris organisé.

Et ce mépris, lui, n’a rien de drôle.

Olivier VINCENT

Catégorie : Opinions

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