Les questions des enfants nous déstabilisent parfois. Comment y répondre? A une théologie bricolée, Agnès Charlemagne, auteure et formatrice à la méthode "T’es où?", invite les adultes à privilégier l’authenticité et la voie du cheminement.

Je ne crois pas en Dieu parce que les prêtres sont des pédophiles." Cette déclaration fait mal mais elle n’étonne plus les catéchistes. Elle encombre les esprits des jeunes depuis déjà une dizaine d’années, bien avant que nous ait éclaté à la figure le nombre des victimes d’abus sexuels ou spirituels dans l’Eglise. Les enfants sont spécialistes pour pointer les failles du comportement des adultes. Ce en quoi ils nous aident à creuser les paradoxes que nous avons relégués aux oubliettes, par paresse ou par habitude. Les enfants nous réveillent. Mais ils font plus: si nous les prenons au sérieux, ils nous éveillent. Qu’ils se disent ou non "croyants", ils nous obligent à formuler ce qui nous échappe et à travailler notre foi.
"On bricole une théologie"
"Papy! Si on dit que Dieu est Amour, pourquoi il a fait mourir son fils?", demande Paulo. "Je n’ai pas su quoi répondre", avoue le grand-père. "J’ai marmonné que Dieu n’était pas extérieur à la douleur de Jésus… Que son cœur de père était sûrement déchiré par la mort de son fils…"
N’avoir pas de réponse: peu d’adultes s’autorisent à dire aux enfants qu’eux-mêmes n’ont pas trouvé d’issue à ces questions qui les tracassent encore. On fait semblant d’avoir une explication. On bricole une théologie de construction plus ou moins bancale. La formule pré-pensée qu’on a adoptée un jour fait l’affaire, et on s’en contente. Mais ce n’est pas satisfaisant et les années qui passent ne règlent en rien notre lâcheté. Parfois l’enjeu se complique: on aimerait par exemple convaincre les jeunes d’assister à la messe du dimanche, mais eux s’y ennuient. Notre construction fragile se fige alors en obsession, mais on est bien en peine d’argumenter au-delà des trois phrases de circonstance. Les jeunes ne sont pas dupes: "Comment tu fais pour croire un truc pareil?"
Le miroir de l’adulte
La voie idéale pour éviter le conflit est d’essayer de garder le contact. Et la carte à jouer est celle de l’authenticité. Il s’agit d’oser, humblement. L’adulte qui ne se cache pas derrière une définition consensuelle, qui accepte d’ouvrir son cœur et de partager ses doutes, donne à l’enfant l’occasion de chercher avec lui. L’enfant détecte aussitôt sa chance. Au lieu d’assister au monologue de l’adulte sans y comprendre grand-chose – comme s’il entendait une langue étrangère – il peut "réfléchir" avec lui. Tout s’éclaire, en pensée et en lumière. Le concept qui résistait à l’enfant comme à l’adulte finit par s’aérer en transversalité, nourri des deux intuitions. C’est étonnant mais édifiant: il n’y a pas d’âge dans la foi et un enfant est capable de fulgurances théologiques. Il ne sait seulement pas les repérer, et il a besoin du miroir de l’adulte pour les mettre en perspective, pour en discerner les nuances. C’est ainsi qu’il s’approprie la foi.
La réciprocité de la rencontre
Une conversation débouche plus souvent sur une arborescence de questions qu’elle n’offre de réponse. La foi n’est pas un raisonnement, c’est un cheminement – qui prend du temps. De précieux indices sont disponibles à qui sait ouvrir l’œil: le soir même on tombe sur un article, une émission, qui donne accès à un élément indispensable à la compréhension de ce qui nous échappait encore la veille. L’enfant ou le jeune nous ont offert de faire une découverte: le Père n’est pas extérieur au Fils, ils sont "UN". La trinité n’est pas l’addition de trois personnes qui se côtoient: c’est une unité sans cesse en relation en elle-même. A la mort du Fils, le cœur du Père est bien "déchiré", comme se déchire au Vendredi saint le voile dans le temple de Jérusalem. Où est parti Dieu? Sur la croix! Et Jésus – en Dieu – s’extrait de la mort. Il ressuscite. Le grand-père peut y repenser d’ici à la prochaine rencontre avec Paulo. Et Paulo peut méditer des mois sur le fil de son énigme avant de s’écrier: "Dieu ne fait pas suicider son fils sinon il serait sadique… Mais Jésus c’est Lui en humain!" L’audace et l’écoute subtile ont conduit le grand-père et son petit-fils à une réciprocité de leur rencontre.

Nouveau livre d’Agnès Charlemagne: "Je t’écoute - Petit guide pour transmettre la foi entre les
générations", CRER-Bayard.
