
C’est la semaine dernière que CathoBel a révélé qu’il n’y aurait plus de kots à projet (KAP) chrétiens sur le campus de l’UCLouvain à partir de la rentrée académique prochaine. Les réactions n’ont pas manqué de fuser. "Quel scandale pour une université catholique!", "Encore un coup des anti-cathos!", a-t-on pu lire ci et là.
Ces réactions émanent le plus souvent de personnes qui ne connaissent pas le fonctionnement des KAP. Chaque année, chacun d’eux doit défendre sa reconduction devant un jury représentant différentes instances actives sur le campus. Pour ce faire, il doit montrer la solidité de son bilan et la pertinence de son projet. Au final, la majorité des kots sont reconduits, certains sont supprimés, et quelques autres voient le jour.
Alors, encore un coup des anti-cathos? Cette grille d’analyse ne nous semble ni conforme à la réalité ni très féconde. Pour autant, l’affaire mérite que l’on s’y arrête. Car elle met en lumière une difficulté, un risque et un défi.
La difficulté. Il est évident que les KAP chrétiens apportent une plus-value spirituelle au campus de Louvain-la-Neuve – qui contribuent d’ailleurs à l’attractivité de l’université, notamment à l’étranger. Or, ils peinent à faire reconnaître cette plus-value. "Par le passé, tout l’investissement du kot chrétien pour assurer le rayonnement de la paroisse étudiante n’était pas du tout pris en compte dans la contribution du kot à la vie étudiante", regrettait la semaine dernière l’abbé Christophe Cossement, ancien vicaire de Saint-François.
Le risque. Il est bien réel: que les chrétiens du campus se retranchent sur leur citadelle. Qu’ils s’engagent à fond dans les activités paroissiales, liturgiques et spirituelles. Mais qu’ils en oublient de tisser des liens avec les autres KAP. Et qu’ils ne parviennent pas à toucher ceux qui ne sont pas "de la tribu".
Le défi. Dans son dernier livre, le cardinal De Kesel plaide pour une Eglise qui soit "bien intégrée dans la société", "ouverte à ceux qui cherchent une Eglise qui les accueille avec bienveillance". Ce qui se passe à Louvain-la-Neuve ne concerne pas que Louvain-la-Neuve. Les difficultés et les risques qui s’y jouent sont ceux auxquels tous les chrétiens sont confrontés dans notre société moderne. Affronter ces difficultés, déjouer ces risques: tel est notre défi.
Vincent DELCORPS
