Depuis 2019, le Conseil Interdiocésain des Laïcs (CIL) approfondit sa réflexion sur les problèmes économiques et financiers qui prennent une place considérable tant au niveau collectif que personnel et familial. Pour faire évoluer les choses, le CIL propose un certain nombre d'actions concrètes.
Afin de mettre en pratique le message de l’Évangile, le Conseil Interdiocésain des Laïcs de Wallonie et de Bruxelles (CIL) entend être un lieu de rencontres, de concertations et d’initiatives des laïcs engagés dans l’Église catholique et dans la société, et ce depuis 50 ans.
Reconnu par la Conférence épiscopale, le CIL promeut dialogues et débats, d’abord en son sein entre les diverses sensibilités exprimées par les membres qui le composent, mais aussi avec les évêques et les autres membres de l’Eglise catholique, ainsi qu’avec les adeptes des autres courants religieux et philosophiques, les détenteurs des pouvoirs publics, la société civile et les autres citoyens.
De puis deux ans, le CIL s'est penché en particulier sur les questions économiques et financières. A l'occasion de son Assemblée générale, l'organisation a partagé le fruit de ses réflexions le 29 mai dernier.
Alors que s’éloigne de nos pays la pandémie, que beaucoup ont vu leur situation personnelle fragilisée, que des milliards sont investis dans la relance économique, la construction d’une reprise, basée sur un modèle social plus équitable et profitable pour tous, en commençant par les plus pauvres et les plus vulnérables, s‘avère indispensable pour le CIL.
Une régulation éthique indispensable
L'organisation met en avant un réel dysfonctionnement économique gouverne le monde selon l'instance : des populations entières sont dans la misère alors qu’une minorité de gens ne cesse de s’enrichir sans souci du bien commun. Les pays pauvres du Sud sont étranglés par leur dette qui ne leur permet pas de mener des politiques correctes de santé, d’éducation et de construction d’infrastructures publiques au bénéfice de tous. Des firmes multinationales, devenues parfois plus influentes que les États, dominent abusivement les marchés, sans contrepartie fiscale dans les pays où elles opèrent. Les spéculations sur le foncier et sur les matières premières faussent complètement le bon fonctionnement des marchés.
L’impôt est le premier lieu de l’expression de notre solidarité. Pour le CIL, la justice fiscale suppose donc une répartition équitable de la charge de celui-ci. La plupart des entreprises multinationales y échappent par le biais de la concurrence fiscale entre les Etats ou par le recours aux paradis fiscaux. La lutte engagée contre la corruption, la fraude fiscale organisée et le blanchiment des capitaux d’origine criminelle s’avère insuffisante. Le profit nécessaire au développement n’est plus fondé sur des activités sous-jacentes réelles mais sur des opérations spéculatives.
De nombreux biens proviennent de l’exploitation du travail des plus pauvres, de la traite des êtres humains ou encore du pillage des ressources naturelles et des matières premières. Les entreprises et les consommateurs se révèlent être des acteurs mi-complices, mi-abusés, indispensables à ces abus. Les premières, par leurs choix de modèles de production et les seconds en achetant les biens produits.
Plus que jamais, une régulation éthique enracinée dans une alliance entre savoir technique et sagesse humaine s’avère indispensable.
Remettre l'humain au centre
Il nous appartient de tout faire pour remettre l’homme au centre des décisions financières, politiques et économiques. Celles-ci ne peuvent se prendre au détriment des groupes humains les plus vulnérables ou en contribuant à la destruction de notre planète.
Les grandes entreprises et les institutions financières jouent un rôle prépondérant dans la destinée de nos contemporains. Tout en développant une culture entrepreneuriale, elles peuvent prendre en compte tous les facteurs qui contribuent au bien commun.
Des actions concrètes sont possibles :
- La mise en place de comités d’éthique exerçant un réel pouvoir aux différents échelons des prises de décision financière.
- Des actions et pressions citoyennes pour exiger la contribution des grandes plates formes numériques (GAFAM) au développement du bien commun, notamment par le biais d’un impôt proportionné à leurs bénéfices.
- L’annulation de la dette des pays du sud pour permettre un réinvestissement dans la santé, l’éducation et la production locale. Cela aurait un effet minime sur l’endettement des pays riches mais bien réel sur celui des pays pauvres.
- L’établissement d’un contrôle du respect des droits humains, du climat et de la biodiversité lors des accords de commerce (p.e. UE-Mercosur).
- La création d’un impôt sur les entreprises offshore et sur les grandes fortunes, ce qui suffirait à résoudre en grande partie le problème de la faim dans le monde.
- La prise de responsabilité personnelle et solidaire des consommateurs lors de leurs achats et investissements.
- La promotion d’une éducation économique et financière, soucieuse de l’éthique et du bien commun.
Cette démarche, entreprise avec toutes les personnes soucieuses de l’avenir de l’humanité, nous rapprochera les uns des autres et du « Royaume de Dieu », conclut le CIL, en citant deux documents officiels de l'Eglise catholique : « Quand l’homme reconnaît la solidarité fondamentale qui le lie à tous ses pairs, il sait qu’il ne peut conserver pour lui seul les biens dont il dispose. Lorsqu’il adopte la solidarité comme mode de vie, ses biens ne servent pas seulement à ses propres besoins, mais ils se multiplient en portant souvent un fruit inattendu pour les autres (Caritas in Veritate § 35). Ici se vérifie bien le fait que le partage n’est pas seulement division mais aussi multiplication des biens, création d’un nouveau pain, de nouveaux biens, d’un nouveau Bien (Pape François, L’économie de communion, 2017) » (Oeconomicae et Pecuniariae Quaestiones, § 20).
Source: Communiqué du Centre Interdiocésain des Laïcs (CIL)
