On aimerait pouvoir parler d’autre chose, mais surtout, on aimerait pouvoir vivre autre chose. C’est à ce niveau basique, fondamental de notre volonté de vivre que nous éprouvons aujourd’hui être entravés. C’est là que, au-delà ou en-deça de toutes les théories, nous éprouvons douloureusement que nous sommes des êtres libres: lorsque nous nous sentons prisonniers de ce que l’on ne maîtrise pas. A côté de la lassitude, c’est l’incertitude qui nous pèse sans doute le plus dans cette pandémie qui semble se prolonger indéfiniment. Un peu lorsque, après 42 kilomètres de marathon, la fin de la course est sans cesse reportée d’un nombre indéterminé de kilomètres supplémentaires. Et voilà que nous courons toujours…
En début d’année, on croyait pourtant y être presqu’arrivés. La deuxième vague semblait endiguée, les premiers vaccins étaient administrés, comme une lueur au bout du tunnel qui apparaissait enfin. Et ces dernières semaines, le temps semblait suspendu au plateau des contaminations et hospitalisations qui restait stable, si bien qu’on pensait pouvoir envisager de nouveaux assouplissements en ce début de mois de mars. Espoir déçu par l’évolution à nouveau incertaine des paramètres, alors que la campagne de vaccination prend du retard.
Et pourtant, nous approchons du but. En une année, d’importants acquis ont été engrangés. Une donnée passée presqu’inaperçue peut nous encourager: fin février, la proportion du nombre de personnes de plus de 85 ans décédées du coronavirus était en forte baisse. Il s’agit là d’un des premiers effets observés de la vaccination. Il s’agit maintenant de transformer ce premier essai, et de mettre tout en œuvre pour que la campagne de vaccination puisse démarrer sur une grande échelle dans les prochains jours. Il s’agit là d’un réel défi pour les autorités politiques et sanitaires.
Mais la fin rapide de la pandémie est aussi un défi pour tous les secteurs de la société et pour chaque citoyen(ne) que nous sommes. Irons-nous jusqu’au bout, ou jetterons-nous l’éponge par manque de motivation et de ténacité? Parfois, la liberté ne consiste pas à faire ce qu’on voudrait, mais à décider de tendre vers un objectif, de s’y tenir, et de le reprendre à chaque fois qu’on subit un échec. C’est cela aussi, vivre le Carême, et nous ne sommes pas seuls pour le traverser.
Christophe HERINCKX

