Vendredi 15 janvier, le gouvernement mené par Mark Rutte a présenté sa démission auprès du Roi des Pays-Bas. C’est l’aboutissement d’un scandale qui couvait depuis plusieurs semaines. La situation était devenue intenable depuis la divulgation, mi-décembre, d’un rapport d’enquête démontrant que le gouvernement néerlandais avait demandé des remboursements injustifiés d’allocations familiales.
Depuis 2012, quelque 26.000 familles du Royaume ont été priées de rembourser des sommes soi-disant trop perçues dans le cadre des allocations de garde d’enfants. Parmi ces familles, certaines auraient fait l’objet d’un profilage ethnique, pour leur nom d’origine étrangère ou leur double nationalité. Pas moins que le précédent, déjà dirigé par Mark Rutte, l’actuel gouvernement justifiait ce recouvrement par la lutte contre la fraude.
On imagine aisément la détresse de ces personnes, mises sous la pression de l’Etat depuis des mois, pour rembourser une somme d’argent pouvant s’élever à des milliers d’euros. Certaines familles se sont épuisées au travail pour réunir l’argent nécessaire, d’autres couples se sont séparés… L’objet même de la réclamation, autour des allocations de garde d’enfants, touche à la survie des familles, et aux choix de vie de chaque parent pour que ses fils et ses filles puissent grandir au mieux.
Finalement, comme dans le combat de David contre Goliath, la colère des citoyens a eu gain de cause contre l’acharnement politique. Le gouvernement néerlandais s’était déjà engagé à rembourser 30.000 euros par famille lésée. Un pas plus loin a été franchi vendredi dernier, par la perte de majorité du gouvernement actuel.
Voilà que les valeurs de solidarité et d’égalité entre les êtres humains semblent avoir laissé place à la recherche du profit. Etonnant pour une coalition notamment composée d’un parti chrétien-démocrate et d’un parti protestant! Les Pays-Bas sont donc entrés dans une phase de transition durant laquelle les ministres sont en "affaires courantes", pour gérer la lutte contre le coronavirus. Cette transition durera jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement après les élections législatives du 17 mars. Il reste donc deux mois aux citoyens néerlandais pour décider à quel parti ils accordent leur confiance, cette confiance si dangereusement mise à mal par ce scandale.
Anne-Françoise de BEAUDRAP

