La démocratie, dit-on parfois, n’est peut-être pas le meilleur système politique au monde, mais il est assurément le moins mauvais. Parmi ses défauts, on pourrait citer son manque d’efficacité, sa lenteur à initier les réformes nécessaires. Ces défauts sont cependant ceux de ses qualités. Construire une société plus équitable et plus humaine, qui ne laisse personne au bord de la route, est un objectif qui ne peut être poursuivi qu’avec la participation de tous les citoyens. Or, une telle participation… prend du temps, car il passe nécessairement par un débat d’idées, un dialogue – ou plutôt un "multilogue" – permanent entre groupes sociaux et communautés "idéologiques", car personne ne peut prétendre détenir la solution à tous les problèmes. Un tel dialogue est, précisément, ce que permet la démocratie.
Autre qualité-défaut de la démocratie: elle suppose, pour pouvoir fonctionner, un engagement de chacune et de chacun en faveur du bien commun. Cet engagement est tout particulièrement exigé de la part des responsables politiques qui sont élus par le peuple pour poursuivre cet objectif.
C’est là, peut-être, que réside la fragilité de nos démocraties. Comment s’assurer que les hommes et les femmes politiques qui nous représentent cherchent effectivement le bien commun, le servent, et ne le détournent pas au profit de leur propre intérêt, ou des intérêts d’un groupe déterminé?
Cette fragilité nous a été rappelée de manière brutale lorsque, médusés et choqués, nous avons assisté, le 6 janvier dernier, à l’invasion du Capitole américain par une horde de supporters fanatiques de Donald Trump. Un système politique que nous croyions inébranlable, définitivement acquis, semble vaciller sur ses fondements. Non, la démocratie n’est pas, n’est jamais acquise. A force d’en miner les institutions, de l’affaiblir de l’intérieur, à force de manipuler sa base électorale à coup de mensonges, le président américain sortant en a gravement sapé les fondements.
Non, la démocratie n’est pas parfaite. Oui, elle implique de veiller constamment à ce qu’elle ne soit pas détournée par certaines élites, notamment économiques. Mais un tel contrôle, et les réformes constantes nécessaires à son fonctionnement, ne peuvent se faire que dans le cadre de la démocratie, et non pas en sortant de la démocratie. Si la démocratie est le moins mauvais système politique, la dictature est le pire.
Christophe HERINCKX

