Yves Semal, professeur de religion catholique, nous propose cette réflexion sur la question de la place des catholiques dans la société, en lien avec la question de la messe et des décisions gouvernementales.
Dans un récent communiqué de presse, les auteurs de la lettre ouverte adressée au Premier Ministre Alexander De Croo laissent entendre que « les besoins de spiritualité et de sens sont devenus "moins que non-essentiels"». Comme catholique, je ne peux que souscrire à ce constat que la conférence de presse qui a suivi le dernier CNS ne viendra pas démentir : pas un mot prononcé au sujet des cultes ! Comme l’a écrit l’abbé de Beukelaer sur son blog : « Pas un mot, ce n’est vraiment pas beaucoup… »
Contrairement à certains de mes coreligionnaires, je ne crois pas qu'il s'agisse de mépris, mais bien d'une profonde indifférence. Autant les rayons de nos librairies regorgent d’ouvrages de développement personnel et de spiritualité new age, autant le christianisme, au mieux fait sourire, au pire indiffère nos contemporains. Quoi d’étonnant, dès lors, que nous n’ayons reçu que le silence comme réponse à nos questions ?
Face à cet état de fait, les évêques français ont pris le parti d'élever la voix tandis que chez nous, manifestement, nos responsables ont opté pour un discours beaucoup plus doux, compassionnel et nuancé. Au-delà des divergences de sensibilité qui animent les blogs et autres pages Facebook depuis quelques semaines, la question plus fondamentale qui se pose est : comment exister, quelle place prendre ? Évidemment, l'histoire de France n'est pas la nôtre. Les luttes et les affrontements entre l’Église et l’État y ont été beaucoup plus violents. D'où peut-être l'esprit plus combattif que l'on observe chez nos voisins, et pas seulement sur la question de la Messe. Doit-on importer le modèle français chez nous, être dans le mimétisme ? Sans doute pas. Il me semble qu'il faut trouver notre propre voi(e)x en évitant un double écueil : celui de la victimisation et du repli identitaire d'une part ; celui de la dissolution et de la soumission d'autre part.
Nous avons une place dans cette société, quelque chose à apporter. La Messe de Noël, ce n'est pas que pour satisfaire un besoin nostalgique de bonnes traditions chrétiennes. C'est d'abord et avant tout la mémoire d’un mystère porteur pour le monde d’une lumière extraordinaire : la Nativité. « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Luc, 2, 11). En Lui, Dieu se fait notre prochain, Il se rend solidaire du malheur, de la souffrance et même de la mort et nous ouvre le chemin d'une Espérance inouïe. Certains disent que nous les chrétiens, devons nous montrer solidaires. Mais la célébration de la Messe n’est-elle pas la solidarité la plus profonde que nous puissions vivre avec nos frères humains durement frappés par la crise sanitaire ? « Par Lui, avec Lui et en Lui », dit la grande doxologie qui clôture la prière eucharistique. Oui, c’est Lui, le Christ, notre plus grande Espérance. Telle est notre foi et ce que nous avons de plus précieux à offrir au monde. L’horizontalité ne va pas sans la verticalité. La Croix, symbole des chrétiens, est là pour nous le rappeler.
Yves Semal - Professeur de religion catholique

