"Il a gagné parce que l’élection était truquée." C’est en ces termes que, dans un tweet dont il a le secret, Donald Trump a, pour la première fois, évoqué la victoire de son adversaire démocrate Joe Biden à la présidentielle américaine. En réaffirmant les fraudes massives dont ces élections auraient fait l’objet, le président sortant n’a cependant toujours pas admis sa défaite. En témoigne un autre tweet, posté une heure après le précédent: "Il a seulement gagné aux yeux des MEDIAS FAKE NEWS. Je ne concède RIEN!". Au passage, les médias sont associés au complot…
Ces allégations de fraude se sont avérées sans aucun fondement, comme l’ont confirmé différentes autorités électorales américaines officielles. Pourtant, 70% des électeurs républicains croient aujourd’hui à la fraude, sur la seule parole de Donald Trump. On peut aimer ou détester les politiques que ce dernier a mises en place au cours de son mandat. Mais la situation ubuesque actuelle constitue comme un aboutissement d’une grave dérive que l’on voit se développer depuis plusieurs années dans nos démocraties occidentales, et dont Trump représente un cas extrême. On connaissait le relativisme des idées et de la vérité, on assiste désormais à un relativisme des faits et de la réalité, systématiquement manipulés par le président américain au gré de ses objectifs, voire de ses humeurs.
Le débat d’idées est essentiel à la démocratie, tout comme la liberté d’opinion et d’expression. Face à une situation économique, sociale ou, aujourd’hui, sanitaire donnée, les citoyens et les politiques se doivent de chercher, ensemble, les solutions qui y répondent le mieux. Avec tous les tâtonnements, les remises en question, les erreurs et les avancées que cela implique. Quant aux faits et à la réalité, ils s’imposent à tous, quand bien même ils peuvent faire l’objet d’appréciations différentes.
Avec Trump, ou d’autres populistes du même acabit, la réalité est niée au profit de "faits alternatifs", au service du projet politique d’un individu ou d’un groupe. Projet qui ne pourra alors pas répondre raisonnablement à une situation donnée. En témoigne, de manière dramatique, la progression exponentielle de la pandémie de coronavirus outre-atlantique.
Lorsque la raison s’efface en politique, reste la foi dans le leader, qui devient alors un guide ou un messie. Et le plus souvent, un dictateur.
Christophe HERINCKX

