Une jeune New-Yorkaise mène l'enquête à Lourdes sur les évènements qui ont fait du lieu une cité mariale. De très beaux dessins à découvrir aux éditions Artège.
Quel peut être le lien entre deux New-Yorkais et l'histoire du sanctuaire de Lourdes ? Une bande dessinée scénarisée et dessinée par Alban Guillemois et Yvon Bertorello parvient à ce tour de force. L'album s'ouvre par une représentation de la statue de la Liberté, et se termine quasiment devant l'église St Patrick à New York. Entre les deux, on découvre de nombreuses représentations de Lourdes, non seulement lors des processions de notre époque contemporaine, mais -c'est encore plus intéressant !- la cité avant que la basilique ne soit construite.
Le ressort scénaristique tient au fait que Leo, diminutif de Leonor, doit trouver un sujet journalistique pour son travail de fin d'études. Elle lit dans la presse qu'un "71ème miracle a été reconnu à Lourdes". Sa comparse étudiante la taquine : "ne me dis pas que tu crois à ces trucs de miracles ? […] Notre job, c'est la vérité, pas les fables ! Et il n'y a qu'une seule vérité, Léo : la science… et Wikipedia, lol !" Ce à quoi l'héroïne rétorque, en prenant l'exemple des étoiles : "Il te faudrait une nuit entière pour compter toutes les étoiles que tu vois. Quand à celles que tu ne vois pas, tu n'aurais pas assez d'une vie entière ! Tu vois, la vérité scientifique n'est rien d'autre que la longue découverte de ce qui existe déjà !"
L'étudiante prend donc le premier vol pour la France où elle est surprise par un autre Américain, prêtre, qui lui présente le blason de la cité de Lourdes. De fil en aiguille, la jeune future journaliste se plonge dans l'histoire de ce lieu, d'abord lors des batailles aux 7ème et 8ème siècles, mais surtout le moment où Bernadette rencontre "la Belle dame". Le scénario de la bande dessinée fera découvrir à certains lecteurs les difficultés auxquelles la jeune fille Soubirous a été confrontée, venant notamment du commissaire de police qui la croyait folle. "Non Monsieur, je n'ai pas dit que c'était la Sainte Vierge!", aurait répondu Bernadette: "J'ai dit une dame en blanc!!! Cette dame, je lui parle comme à vous et elle me répond comme vous."
L'album revient alors sur toutes les péripéties qui ont tenté de faire douter la jeune voyante. Du prêtre de paroisse au préfet et les autres notables de Lourdes, tous se sont alliés à l'époque pour empêcher Bernadette d'aller prier devant cette petite grotte au fond des bois. Jusqu'à cette révélation le 25 mars 1858 où la Belle dame confie son nom (en patois), un nom que la jeune fille ne comprend pas elle-même mais qu'elle va fidèlement répéter au prêtre : "l'Immaculée conception". Ce sera l'argument final qui permettra de le convaincre de la véracité de ces apparitions.
Pour aider le lecteur à faire la part entre l'histoire et l'actualité, l'album dessiné en mode aquarelle joue sur les teintes de couleurs. Les flashs-backs au 19ème siècle puisent dans les couleurs jaune-or, tandis que l'époque contemporaine est dominée par le bleu ou le vert. En s'inspirant d'une enquête journalistique comportant quelques entretiens avec des témoins et experts, les scénaristes contribuent à rendre les évènements vécus à Lourdes compréhensibles au public actuel. La bande dessinée "Bernadette & Lourdes, l'enquête" fera aussi découvrir de nouveaux aspects des apparitions mariales dans la cité à ceux qui en auraient déjà entendu parler.
Anne-Françoise de Beaudrap
"Bernadette et Lourdes, l'enquête…" de Yvon Bertorello et Alban Guillemois, éditions Artège, 58 pages.

