L’hiver est à nos portes et les températures ont déjà fléchi. En Wallonie, la Croix-Rouge vient de lancer son plan "grand froid" destiné à accueillir les personnes vivant dans la rue, celles que l’on appelle par l’acronyme "SDF". C’est une bonne chose car vivre dans la rue est un vrai calvaire, pas seulement en hiver ou par temps de pluie, mais aussi pendant les fortes chaleurs de l’été. Tous les acteurs qui aident ces personnes sans domicile fixe le disent. Il n’y a pas de "bonne saison" pour celles et ceux qui sont à la rue.
Ce qui choque, c’est qu’aujourd’hui, il existe des endroits où on empêche que ces femmes et ces hommes, cabossés par la vie, puissent venir se réfugier. A l’aéroport de Bruxelles-National, il y a des années que les bancs dans les couloirs ont été enlevés pour éviter que les SDF ne viennent y dormir la nuit. Même chose, dans certains quartiers de nos grandes villes: les personnes à la rue n’y sont pas les bienvenues. C’est une terrible souffrance. Et c’est intolérable! Dans un pays qui se dit moderne, nous ne pouvons plus accepter que le monde politique détourne son regard de ceux que la vie n’a pas favorisés. Il est temps qu’il comprenne que cette descente dans la pauvreté n’est pas conjoncturelle mais bien structurelle.
En 1954, l’abbé Pierre a lancé son fameux cri sur les ondes de Radio Luxembourg, mettant en lumière cette misère et cette fragilité des personnes exclues de la société. Quarante-cinq plus tard, s’il n’y avait pas les associations, toutes philosophies confondues, qui se tiennent aux côtés des SDF, quelle serait leur situation? Révolté, le fondateur d’Emmaüs avait eu cette citation cinglante: "Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques. On ne pleure pas devant les chiffres."
Force est de reconnaître que pour nos gouvernants – pas tous heureusement – l’éradication de la misère n’est pas une priorité. Elle doit le devenir. Dans les "discussions" actuelles pour la formation du gouvernement fédéral, les deux grands partis semblent coincés par leurs exclusives. Or, le vrai courage consiste à faire un pas en avant et à tendre la main. Car il y a urgence: selon une étude européenne, près de 21% des Belges indiquent avoir des difficultés ou de grandes difficultés à s’en sortir.
Quant à nous, ne baissons pas les bras. Rappelons-nous cette parole de Jésus: "Ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez" (Mt 25,40).
Jean-Jacques DURRÉ
