
Les provinces anglophones du Cameroun (Wikimedia Commons)
Les actes d'intimidation, les enlèvements et la violence continuent dans les régions sécessionnistes du Cameroun. Les évêques du Nord-Ouest et Sud-Ouest de ce pays d'Afrique centrale appellent chaque partie du conflit à un examen de conscience.
Une partie des élèves de la région anglophone du Cameroun ne pourront pas aller à l'école en encore cette rentrée scolaire. Les conditions de sécurité au Nord-ouest et au Sud-Ouest du pays ne permettent pas aux parents d'envoyer leurs enfants suivre des cours, et ce depuis trois ans déjà. Une sacrée lacune en matière d'éducation qui a poussé les évêques de la province ecclésiastique de Bamenda, dont le territoire correspondant à celui des deux régions sous en conflit, à exprimer leur inquiétude à ce sujet dans une Lettre ouverte. Ce document de 4 pages a été émis à l'issue de leur 67ème conférence provinciale qui se déroulait du 16 au 23 août 2019.
L'archevêque, Mgr Cornelius Fontem Esua, et les cinq évêques de cette province ecclésiastique anglophone rappellent dans cette Lettre ouverte qu'ils s'étaient déjà adressés aux parties en conflit en décembre 2016 pour cesser le combat et laisser enfants et enseignants retourner à l'école. "Tous les enfants des régions Nord-ouest et Sud-Ouest ont le droit à l'éducation et à un bel avenir où qu'ils décident de faire leurs vies". Les évêques s'interrogent: "si la crise [anglophone] continue pour les dix prochaines années ou plus, les enfants devront-ils rester à la maison pendant tout ce temps ?" La lettre ouverte rappelle qu'il est "inacceptable" de "prendre les enfants en otages, de compromettre leur futur et de les utiliser pour des objectifs politiques".
Mise en danger de l'avenir
Les évêques évoquent ensuite d’autres conséquences liées à cette crise. L'injustice entre les familles qui ont les moyens d'envoyer leurs enfants étudier dans une autre région (par exemple dans la partie francophone du Cameroun, ou en Europe, aux Etats-Unis) et celles dont les enfants doivent rester à la maison. Le cas des enseignants et des autres personnes qui travaillent dans le milieu scolaire est aussi déploré: "les femmes qui vendent la nourriture pour les cantines, les libraires et les autres dont les conditions de vie sont liées aux écoles, sont plongés dans la pauvreté".
Les signataires de cette lettre ouverte s'adressent ensuite aux différents intervenants de la crise anglophone. Les évêques commencent par les Ambazoniens, les combattants sécessionnistes de ces régions: Certains "ont incendié les écoles et ils ont infligé torture, mutilations, pris la vie de ceux qui allaient à l'école". Les parents et les enseignants ont beaucoup souffert depuis le début de la crise socio-politique, en particulier puisqu'ils ne sont pas "libres d'aller où ils veulent et de s'engager dans les affaires". Les évêques s'en prennent ensuite au gouvernement et à l'armée camerounaise qui manquent au devoir de "protection des citoyens et de défense de l'intégrité territoriale".
L'effet papillon
La place de la diaspora anglophone est aussi évoquée. Les familles installées à l'étranger ont exercé (et exercent toujours) une influence importante sur la population locale, même sans comprendre précisément la souffrance des familles de ces régions. Les évêques posent la question: comment la diaspora peut étudier dans des conditions confortables tout "en empêchant les enfants des autres d'aller à l'école?". La Lettre ouverte se termine par le désir que tous œuvrent pour le bien des enfants. La conférence épiscopale de la province ecclésiastique de Bamenda exprime encore le souhait que "chacun examine sa conscience et essaie de collaborer à la remise en route des écoles et des fonctions".
La prise de conscience du lien entre la crise des régions anglophones du Cameroun et les acteurs de la scène internationale s'est manifestée dans une autre lettre ouverte, ces derniers jours. Un jeune élève a écrit au premier ministre belge, Charles Michel, pour l'interpeller sur l'action d'un habitant du Royaume, Mark Bareta, qui est en même temps un des leaders séparatistes de la région anglophone camerounaise. Avec son mouvement terroriste, il a revendiqué plusieurs destructions d'écoles ainsi que l'explosion de la société nationale de raffinerie. Le jeune élève de Bamenda qui a publié sa lettre ouverte au premier ministre belge, en affaires courantes, lui reproche de ne plus pouvoir aller à l'école et suivre une scolarité normale à cause de ce contexte de guerre. Une génération d'enfants est privée d'un bon avenir en raison de ce conflit anglophone au Nord-Ouest et au Sud-Ouest du Cameroun.
A.-F.d.B.

