A la suite d'une plainte de plusieurs associations de défense des droits des migrants, de psychiatres ou encore l'Ordre des barreaux francophones et germanophones, le Conseil d'Etat a suspendu plusieurs articles d'un arrêté royal concernant l'enfermement des familles avec enfants mineurs en vue de leur éloignement. Il faut rappeler qu'après dix ans d'arrêt, le gouvernement belge avait renoué en août dernier avec l'enfermement de familles étrangères avec enfants, dans de nouvelles unités familiales du centre fermé 127 bis. Un retour en arrière dénoncé par les associations, et contraire à la Convention internationale des droits de l'enfant. Une campagne baptisée "On n’enferme pas un enfant. Point" avait été lancée par de nombreuses associations parmi lesquelles Caritas et le Jesuit Refugee Service Belgium (JRS). Rappelons que la Belgique a fait l'objet de trois condamnations par la Cour européenne des Droits de l’Homme, précisément parce qu'elle détenait des enfants en centres fermés.
On peut donc se réjouir de l'annulation partielle de l'arrêté royal décidé par le Conseil d'Etat. Sauf que la justification laisse pantois! Dans son arrêt, le Conseil d'Etat pointe principalement… les nuisances sonores comme motif de suspension du dispositif! A tomber à la renverse. Ce n'est pas le principe d'enferment qui est mis en cause, mais bien le risque sanitaire. Certes, il est essentiel, mais on aurait pu s'attendre à un peu plus de fermeté de la part de la plus haute juridiction de notre pays. On ne place pas en détention des familles avec enfants sous le seul prétexte qu'ils ne sont pas les bienvenus sur notre territoire. Avons-nous perdu tout sens du bien commun? Allons-nous encore longtemps balayer d'un revers de la main tout geste d'humanité envers des familles en détresse, fuyant la guerre ou la misère?
Au seuil d'une campagne électorale où l'immigration sera sûrement l'un des thèmes importants, il faut que toutes les femmes et les hommes se déclarant démocrates, aient le courage d'aller à contre-courant et osent dire clairement que certaines pratiques, pourtant décidées par une coalition sortante composée majoritairement de partis portant haut les valeurs d'humanité, n'ont plus leur place dans notre système démocratique.
Barrer la route à tous les extrêmes, c'est cela le vrai courage. Quitte à y laisser "des plumes électorales". La dignité n'a pas de prix. Alors, chers candidates et candidats à nos suffrages, du courage svp!

Jean-Jacques DURRÉ

