La petite Mawda, tuée par une balle tirée par un policier pour tenter de stopper un véhicule transportant des migrants avait l’existence devant elle. Ses parents rêvaient d’avoir une vie meilleure, pour eux et leurs enfants, loin des bombardements et des violences que subissent les Kurdes, au nord de l’Irak, entre autres. Ironie du sort, sa vie s’est achevée tragiquement à deux ans. Et ce n’est pas en Irak que la mort l’a fauchée, mais chez nous! La semaine dernière, en commission de l’Intérieur de la Chambre, le Premier ministre a été questionné par plusieurs parlementaires, notamment sur le manque de clarté à propos des circonstances exactes de la mort de Mawda, mais aussi concernant la remise en liberté des passeurs, l’ordre de quitter le territoire donné aux parents de la petite victime et les modalités de l’enquête en cours. Avec une question qui taraude: l’usage d’une arme était-il légitime dans ce cas précis?
Si le chef du gouvernement fédéral a rencontré la famille pour lui présenter les condoléances du pays, il a eu cette réponse étonnante devant les membres de la Commission de l’Intérieur: "L’honneur d’une démocratie est que la vérité soit donnée… Ma responsabilité est de veiller à ce que des réponses soient données en parfaite indépendance, sans instrumentalisation politique." D’où la question: fallait-il préciser que "l’honneur d’une démocratie est que la vérité soit donnée…"? Cela ne va-t-il pas de soi? Cela me laisse perplexe. En revanche, pas un mot pour regretter et demander pardon pour le drame survenu.
Au-delà de faire la lumière sur le déroulement des événements, il eut été plus honorable de reconnaître que la politique du gouvernement à l’égard des migrants est indirectement responsable de ce drame. Impossible, bien évidemment. Si notre pays ne peut pas accueillir sans réserve tous ceux qui se présentent à nos frontières, je reste convaincu que ce qu’on peut qualifier de "chasse aux réfugiés clandestins et aux migrants en situation irrégulière" constitue le ferment de nombreux dérapages qui font que la démocratie dans notre plat pays est parfois mise à mal.
Une consolation peut-être: le chef du gouvernement a précisé qu’en matière d’immigration, "il faudra évoluer vers une politique plus cohérente au niveau européen". Il est grand temps de s’y mettre et d’adopter un vrai plan dans ce domaine, en Europe et en Belgique. Un plan où l’humanité doit primer, tout en respectant la loi.
Jean-Jacques DURRÉ
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